William Klein Galerie Le Reverbere Lyon

Exposition d'art

Evelyn Tripp Paris 1958 © William Klein Courtesy galerie Le Réverbère, Lyon

 

Galerie Le Réverbère en résonance avec la Xème Biennale de Lyon, du 10 septembre au 26 novembre 2011.
Galerie Le Réverbère
38, rue Burdeau
69001 Lyon

tel/fax : 04.72.00.06.72
www.galerielereverbere.com/index.php

KLEIN ENTRE REPETITIONS ET RUPTURES par Jean-Paul Gavard-Perret

Il existe dans l’oeuvre photographique de W. Klein une manière noire de montrer le corps, ou plutôt du corps. Avec douceur au dedans. Mais violence aussi. Il n’y a plus d’espace : les portraits  sont serrés  même si ça grouille en second plan.. Demeure l’avancée du corps en sa simplicité mais tel un  « lieu » étranger. Il faut pourtant y faire retour d’autant qu’on en (re)connaît beaucoup sinon du visu du moins dans leur mythologie. On regarde, on tente d'apprivoiser l'image et ce qu'elle montre du corps :  à savoir un grand vide. L’artiste sait le retenir en un tremblement pétrifié dans la nudité des formes.

 

Surgit le déchirement par la fixité des regards. Une fixité que peu de photographes semble saisir de manière aussi intense, sans concession. Un gémissement émerge, à peine audible, comme le feulement d'un coyote dans la nuit. Le corps est un désert. Dans les lieux les plus branchés comme dans les rues anonymes où  certains viennent  chercher un peu de chaleur. Le noir est leur abyme - leur clairière aussi.  La les gestes retenus d'enfants ou des cris de colère.

 
Gardien Cinecitta Rome © William Klein Courtesy galerie Le Réverbère, Lyon

 Gardien Cinecitta Rome © William Klein Courtesy galerie Le Réverbère, Lyon

W. Klein à travers ses photos n’a cesse de poser implicitement une seule question : Où suis-je ? C’est pourquoi ses œuvres “ accrochent ”. S’y cherche ce qu’il y a à la fois derrière et dedans. Ce qui ne se saisit que dans le rectangle d’espace noir et blanc. Il emporte et happe. S’y retiennent du corps des morceaux comme volés, des pans de “ réalité ” qui soudain se continuent en profondeur jusqu’au centre de nos cellules. Que faire, que dire de ces portraits sinon leur désespoir, leur abandon ? Le regard de Klein creuse ce qu’on pourrait à tord prendre pour un cliché. Le regard comme un pieu gratte la paroi anthracite d’une mine à ciel ouvert. Sous l’apparent insignifiant, le désastre mais l’espoir quelque étoile.
 
Apparition Papale Rome © William Klein Courtesy galerie Le Réverbère, Lyon

 Apparition Papale Rome © William Klein Courtesy galerie Le Réverbère, Lyon

Sous le futile, la profondeur. Sous l’apparence une autre apparition. Il faut en conséquence se rappeler que, puisque ce qui vaut dans la boue d’or de Rembrandt c’est l’or, ce qui vaut dans le noir et blanc du photographe c’est ce qui le diamant qui en sort. Pour l’un comme pour l’autre de ces deux artistes le ciel sera toujours une absence. Et Klein a compris comme Rembrandt l’art n’était pas “ italien ”. Il a compris aussi que la technique est seconde, qu’il faut la remiser à sa juste place. Elle n’est pas une fin mais un moyen. A l’inverse de tant de photographes qui se suffisent de leurs supposées petites difficultés techniques. Elles leur donnent cette joie nécessaire à leur vie d’ « artiste » . Avec W. Klein la question n’est pas celle d’un langage pour le langage mais le destin de l’être. Le monde apparaît soudain en raccourci à travers le portrait. C’est le plus abyssal de l’œuvre prise souvent pour un travail de “ mode ” (à tous les sens du terme).
Club Allegro Fortissimo 1970 © William Klein Courtesy galerie Le Réverbère, Lyon
 

 Club Allegro Fortissimo 1970 © William Klein Courtesy galerie Le Réverbère, Lyon

Contrairement à ce qu’on dit le travail de Klein ne dresse pas d’idoles. L’idole est crucifiée. C’est là l’implacable évidence. Elle reste plus troublante que toutes les fantasmagories que beaucoup croient y trouver. L’oeuvre est volontairement barbare dans sa fausse trivialité, dans son fallacieux esthétisme. Seule la nécessité commande. Celle de l’errance du corps et de la photographe en deçà du brouhaha d’un postmodernisme de façade. L’être y apparaît en état de rupture, au bord de son propre corps, de sa propre vie. C’est pourquoi et afin de bien voir ces photographies il faut accepter le saut au dessus du vide urbain caviardé de mouvements et de bruits implicites. Il convient aussi d’admirer un espace à la fois infini et ténu, informe. D'où la superposition d'une continuité et d'une similitude. Ou la substitution d'une similitude à une continuité défaillante. L'épars et l'homogène. Flux persistant, dispersion insistante. A la mesure du corps l’image n'a pas de fond. Par la répétition, la rupture se situe au sein de l'avalanche qu’elle produit.
 
Simone + hyper décor romain 1962 © William Klein Courtesy galerie Le Réverbère, Lyon

 Simone + hyper décor romain 1962 © William Klein Courtesy galerie Le Réverbère, Lyon

 BIOGRAPHIE WILLIAM KLEIN

Photographe, peintre, cinéaste et graphiste, William Klein est un des artistes les plus controversés et les plus influents du 20ème siècle.
Né en 1928, il a grandi à Manhattan. Après avoir terminé ses études universitaires à 18 ans, il a fait son service militaire dans l’armée US - 6 mois d’occupation en Allemagne et, dans le cadre d’un programme d’amitié franco-américaine, un an et demi à la Sorbonne!
Démobilisé à Paris, Klein se consacre à la peinture. Il étudie brièvement avec Fernand Léger et réalise à Milan avec des architectes italiens des peintures murales géométriques hard edge.
C’est en documentant à sa façon ces oeuvres que Klein emploie pour la première fois la photographie. Alexandre Liberman, le directeur artistique de Vogue, après avoir vu à Paris une exposition de ces photographies abstraites, offre à Klein un contrat et un financement pour ses projets personnels.
Klein envisage une carrière multidisciplinaire qui inclurait la peinture, la photographie et éventuellement le cinéma.
En 1954, il imagine un journal photographique de son retour à New York. Liberman accepte de le financer. Klein s’embarque dans une guérilla d’amour-haine avec sa ville natale et une découverte des possibilités de la photographie qu’il trouve timide et en retard sur les autres arts. Sans formation traditionnelle il ignore les tabous, emploie le grand angle, le grain, les contrastes violents, les accidents et les cadrages inhabituels. Le résultat est son premier livre Life is Good and Good For You in New York: Trance Witness Revels, un brûlot d’un dynamisme et d’une intensité inégalés. Il est publié à Paris, Londres et Rome et remporte en France le prix Nadar.
Sans abandonner la peinture il réalise et publie trois nouveaux livres de conception débridée et cinématographique: ROME (1958) MOSCOU (1961) TOKYO (1962). Pour pouvoir financer son travail personnel il travaille pour Vogue, créant des images d’un nouveau genre, insolites et graphiques.
En 1958, Klein tourne BROADWAY BY LIGHT, sans doute le premier film pop, et au milieu des années soixante abandonne la photographie pour le cinéma. Parmi ses films les sagas des Supermen Noirs: MUHAMMAD ALI THE GREATEST (1964-74) ELDRIDGE CLEAVER BLACK PANTHER (1970) et THE LITTLE RICHARD STORY (1980); des documentaires politiques: LOIN DU VIETNAM (1967) LE FESTIVAL PANAFRICAIN (1969) GRANDS SOIRS ET PETITS MATINS (sur Mai 68); des longs métrages de fiction: QUI ÊTES-VOUS POLLY MAGGOO? (prix Jean Vigo 1967) MISTER FREEDOM (1968) LE COUPLE TÉMOIN (1976), fables corrosives sur les mythes idéologiques de notre époque.
Dans les années 80, il renoue avec la photographie, expose dans le monde entier et publie CLOSE UP (1989) TORINO 90 (1990) MODE IN & OUT (1994), de nombreuses monographies et catalogues. A l’occasion de son dernier film LE MESSIE (2000) il publie WILLIAM KLEIN FILMS. En 2002 il publie PARIS + KLEIN.
Depuis 1990 le pilote qu’il a tourné pour la collection de films CONTACTS lui donne l’idée d’une nouvelle direction où il peut allier peinture et photographie. Cela donne la série Contacts Peints, sujet de nombreuses expositions et d’un livre prévu pour début 2007.
En 2004-2005, d’importantes expositions ont lieu à Milan, Anvers, Berlin, Budapest, Tokyo et Moscou. En mai 2005, il réalise l’exposition et le livre ROMANI, publié par Fendi-Contrasto.
Parmi ses récompenses, le Grand Prix National de France, le rang de Commandeur des Arts et des Lettres, la Médaille du Millenium en Angleterre, le Prix International Hasselblad en Suède, le Grand Prix de Photo Espagna, celui de la Biennale de Moscou, et de l’Institut Américain des Arts pour l’ensemble de sa carrière.
En décembre 2005, le Centre Pompidou inaugure une très grande rétrospective de son œuvre et co-édite avec Marval un livre de 400 pages, RÉTROSPECTIVE.

L’œuvre de William Klein des débuts jusqu’à aujourd’hui a marqué l’histoire de la photographie et influencé deux générations de photographes et de cinéastes.

Painter, photographer, graphic designer, movie maker, American in Paris, William Klein escapes pigeonholes, categories, movements.
Born in New York in 1928, He grew up in the mean streets of Manhattan shuttling between blackboard jungles, experimental schools, pool halls, and the Museum of Modern Art. At eighteen, he graduated from college and at twenty, after serving for two years in the USA Army in Europe ( of which one and a half at the Sorbonne, invited by the French government) he settled in Paris to become a painter. He worked briefly with Fernand Léger and, in the early fifties, did kinetic murals in Milano for Italian architects, absorbing, along the way, European visual history from Masaccio to the Bauhaus.
In 1954, after six years of experimenting in painting and graphic design, he returned to New York and embarked on a complicated love-hate affair with his native city that became a unique photographic adventure. Half amazed foreigner, half street-wise New Yorker he set out to record on film his photographic diary.
He transformed the chaos of the streets into complex compositions ordered by a discipline firmly rooted in his artist’s apprenticeship. At the same time he explored and catalogued as no photographer had done before, the big city theater of the absurd : the zombie crowds, the senseless violence, the lunatic parades and processions, the walls plastered with Dada messages and the mad accumulation of urban junk. In the process, Klein managed to integrate into photography references as diverse as fifteenth century frescoes, slapstick films, comic strips and the pre-Pop layouts.

The book whose original title was NEW YORK IS GOOD & GOOD FOR YOU was published in 1956 and created a veritable revolution. Klein had developed a radically new way of taking pictures, with the violent, graphic style combining black humour, social criticism, satire, and poetry.
« For the first time, wrote the poet and critic Alain Jouffroy, photographs led the evolution of visual arts. Klein developed practically all of the themes dealt with later by Pop Art and the New Realism… »
The book designed by Klein himself won in the 1957 Prix Nadar but was not published in the United States until after a forty-year purgatory.
Following New York, Klein created three innovative books, in which his brand of photographs were laid out in freeflowing, cinematic sequences : ROME (1958), MOSCOW (1961) and TOKYO (1962).
From 1955 to 1965, he also photographed for Vogue, producing bizarre, satirical images of rare wit and style.

In 1958, Klein made BRODWAY BY LIGHT, no doubt the first Pop film, and in the mid-sixties, abandoned photography for film making. His movies range from the sagas of super-blacks : MUHAMMAD ALI THE GREATEST (1964-1974), ELDRIDGE CLEAVER, BLACK PANTHER (1970), and THE LITTLE RICHARD STORY (1980) to the political documentaries, FAR FROM VIETNAM (1967) and THE PANAFRICAN FESTIVAL (1969) to the experimental features, QUI ÊTES-VOUS POLLY MAGGOO ? (1966) MISTER FREEDOM (1968), TH MODEL COUPLE (1976), and IN & OUT OF FASHION (1993), corrosive fables on the ideological myths of our time.