LE rendez-vous de tout ce qui fait la photographie pour tous ceux qui en font. Sa fréquentation, passée de 48.379 visiteurs en 2007 à 76.932 en 2010, montre l’intérêt grandissant du public pour la photographie. C’est le salon destiné à la fois aux professionnels de la photo, aux amateurs et au grand public, les uns comme les autres considérant le Salon de la Photo comme LEUR rendez-vous annuel incontournable où plus de 100 exposants, fabricants, importateurs, sont là pour les accueillir, et leur révéler tous leurs nouveaux produits et services, de la capture de l’image à son traitement, son impression et son partage. La vidéo sur les appareils photo vient enrichir cet univers en expansion. 2011 c’est aussi la 4e année de la saga des affiches du Salon de la Photo, lancée en 2008. Le visuel a été réalisé, cette année, par Chrisma Lan. Cette photographe a commencé à travailler pour la presse, le théâtre, la danse et le cinéma, notamment en photographiant personnalités et célébrités. Après avoir vécu à Berlin, et des séjours à Londres et New York, elle s’installa à Paris où, une rencontre avec Helmut Newton et Nick Knight, l’amena à se tourner vers la mode et la beauté pour des publicités et pour des magazines internationaux. Elle se consacre également à un travail artistique conceptuel, qu’elle expose en France et en Allemagne. 2011 c’est aussi la 2e édition des « ZOOMS », prix décernés à 2 photographes professionnels émergents, l’un par la presse Photo, l’autre par le public. L’année dernière 22.232 personnes ont voté via Internet. Le Salon de la Photo couronnera par une exposition le travail des deux lauréats de 2011. 2011 fêtera la 5e édition des « Grandes Rencontres », devenues un «must» du Salon. Chaque année, une douzaine d’invités, grands photographes parmi les plus renommés, se prêtent à des dialogues passionnés avec les amateurs. |
Karl Lagerfeld invité du Salon de la PhotoPour l’occasion, le créateur a sélectionné trente portraits de personnalités de la mode, de la musique et du cinéma. Capturés en noir et blanc, ils présentent selon l’expression d’Anne Cartier-Bresson « la vision particulière de la réalité » qu’a le photographe Lagerfeld : « Le fait de pouvoir exprimer sa vision des choses à travers une « machine » anonyme comme s’il s’agissait d’un pinceau ou d’un crayon m’a toujours impressionné, bien avant que je ne fasse moi-même de la photographie. » En plus des oeuvres qu’il a personnellement réalisées, Karl Lagerfeld a sélectionné trente autres clichés, conservés à la Maison Européenne de la Photographie. Trente portraits majeurs signés Richard Avedon, Jeanloup Sieff, Helmut Newton, Alice Springs, Irving Penn, Robert Mapplethorpe, Allen Ginsberg, Gisèle Freund, Robert Doisneau, René Burri, Henri Cartier-Bresson, ou encore Edouard Boubat, François-Marie Banier et David Bailey. Connu pour réaliser lui-même les campagnes publicitaires de Chanel, de Fendi et de sa propre maison, Karl Lagerfeld collabore régulièrement à de nombreuses publications de mode (V, Vogue, Vanity Fair…), news magazines (Stern, New York Times…) et revues spécialisées (Connaissance des Arts, Interview…). Son oeuvre a fait l’objet de plusieurs installations à Berlin, New York, Tokyo, et a été présentée lors d’événements tels Art Basel et récemment, lors de l’exposition « Karl Lagerfeld : parcours de travail », à la MEP à Paris. Enfin, c’est à Karl Lagerfeld que Pirelli a confié la réalisation de son fameux Calendrier 2011. Fidèle à son habitude, le photographe en a bousculé les codes en choisissant, pour la première fois, de créer ses images en studio, d’y inclure, aux côtés de Julianne Moore et de vingt tops internationaux, cinq modèles masculins et, enfin de traiter exclusivement ses clichés en noir et blanc. Etes-vous venu à la photographie ou est-ce la photographie qui s’est naturellement présentée à vous ? Je n’avais jamais pensé que je pourrai faire de la photographie si l’on ne m’y avait littéralement poussé un jour, par nécessité, ayant besoin en urgence de photos pour un dossier de presse. Cette incitation, je la dois à mon ami et collaborateur Eric Pfrunder, vers la fin des années 80… Vous réalisez la majorité de vos photos en noir et blanc. Pourquoi ? Il y a dans ce choix un lien évident avec ma mode, mes créations. Le noir et le blanc sont devenus emblématiques de mon style et ils traduisent ma vision de la modernité. En mode comme en photo, ils ne souffrent rien moins que la perfection. Travailler la photo en noir et blanc est donc un choix exigeant mais passionnant. Lorsque je photographie des portraits ou des silhouettes, comme pour le Calendrier Pirelli, ce parti pris souligne parfaitement la beauté du corps et, grâce à une utilisation particulière de la lumière, il offre une perspective tridimensionnelle très spéciale aux sujets.
Etes-vous plutôt portrait ou nature morte ? Je réalise beaucoup de portraits. Mes modèles, je prends vraiment le temps de les choisir : selon moi, on ne doit pas bouffer du modèle. On doit lui donner un esprit. Je photographie aussi les paysages et du still life, un mot anglais plus approprié, je trouve, que la singulière expression de nature morte.
Avez-vous un goût spécifique pour certaines techniques de prise de vue et de tirage ? De manière purement rationnelle, j’utilise ce dont j’ai besoin. Négatifs argentiques, inversibles 6x6, films Polaroïd… Mes tirages argentiques en noir et blanc sont toujours tirés sur des émulsions très mates pour rehausser le côté hyper graphique du rendu, obtenir des noirs très noirs et des contrastes de tonalités forts. Toujours dans cet esprit très graphique et moderne, j’ai fait réaliser des tirages sur plaques d’aluminium mates : le rendu est froid et métallique, l’opposition entre ombre et lumière très intéressante. Je me suis intéressé également aux résinotypes, aux tirages Fresson pour les quadrichromies aux couleurs douces.
Et le numérique ? J’aime la modernité, je ne regarde jamais vers le passé, je n’ai pas le culte de la nostalgie. Dès la fin des années 90, j’ai donc naturellement expérimenté ces nouvelles techniques, puis fait effectuer pour elles des tirages de type Fine Art, à jet d’encre pigmentaire, sur des toiles, du papier cristal texturé ou pur coton Arches, etc. Le support doit chaque fois répondre à une idée précise que j’ai d’un paysage, d’un portrait, d’un nu. On imagine facilement les liens qui vous unissent aux tissus et aux crayons. Mais quel est votre rapport au support de la photo par excellence, le papier ? Le papier est ma matière préférée au monde. Il est le point de départ d’un dessin et l’aboutissement d’une photo. Je ne pourrais pas me passer de papier. Pour mes photos, par exemple, tout commence avec un dessin. Je compose une photo de la même manière que je fais un dessin. Mais le jeu de la lumière lui donne une dimension nouvelle.
Quelles sont vos méthodes de travail ? Je travaille beaucoup en studio. L’appareil n’a pas une grande importance : je travaille indifféremment à la chambre 20x25, 24x36 ou au numérique, et toujours avec des assistants. Mon studio photo fonctionne un peu à la manière d’un atelier de haute couture : le travail est collectif, chacun a un rôle bien défini et apporte quelque chose, un savoir-faire, une compétence.
Quelles sont vos influences, vos inspirations ? Alfred Stieglitz, Edward Steichen, Clarence Hudson White me passionnent. Tout comme la photographie allemande des années 20. Mon éducation cosmopolite m’a poussé très tôt à m’intéresser à l’art sous toutes ses formes, à observer le monde. Comme dans la mode, je ne conçois donc pas de me limiter à certaines disciplines pour nourrir ma photographie : peinture, cinéma, architecture m’inspirent évidemment. Ainsi, l’on peut voir pour « Hommage à Oskar Schlemmer » une inspiration de l’univers du Métropolis de Fritz Lang ou du cinéma de Murnau.
Pourriez-vous concevoir la vie sans la photographie désormais ? Aujourd’hui, la photo fait partie de ma vie. Je ne vois plus la vie sans sa vision. Je regarde le monde et la mode avec l’oeil de la caméra. Cela me donne dans mon travail de base un détachement critique qui aide plus que je ne l’aurais jamais soupçonné.
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