PASCAL FAUVET :LE MULTIPLE ET L’UN par Jean-Paul Gavard-Perret Et si Pascal Fauvet était un nouveau Magritte (dont il emprunte le chapeau versus des lampes d’Aladin) ? Il fait même mieux que lui. Car ses photographies en leurs montages rappellent ce qu’Artaud annonçait : « Les choses ne sont pas venues d’un esprit infinitésimal qui, parti du néant, s’est épaissi et rassemblé jusqu’à l’être. Elles sont venues d’un corps existant qui a tiré de toute pièce du néant des objets. Et c’est cela le matérialisme absolu ». On peut donc voir dans ce jeune artiste un matérialiste de cet ordre mais aussi un de ceux qui rendent possible la vision d’une profondeur symbolique. En elle l’être comme le monde se recréent dans l’ambivalence et l’ambiguïté. Fauvet parle de ses œuvres comme des « Caricatures imagées, des instantanés sur la valeur des choses. "Enfant on m'avait dit que je ne pouvais pas additionner des plumes et des citrons » écrit-il avant d’ajouter ironiquement : « Au fil du temps je me suis aperçu que ce n'était pas tout à fait exact En observant bien on voit apparaître des équivalences, entre mythe et réalité. Soit par leur valeur économique commune mais aussi par leur valeur émotionnelle, chacun d'eux révèle une facette de l'être humain ». L’artiste se saisit donc des objets en tant que métaphores et transpositions.. Ils lui enseignent l’équivalence et la réversibilité. Par ses tirages argentiques 100 X100 se découvre un aspect plastique particulier. Au centre un objet et tout autour la multiplication à l’identique d'un autre objet en rapport hétérogène avec le premier. En bas un texte manuscrit permet une nouvelle lecture. Enfin, pour le collectionneur, au dos est inscrit la valeur de chaque objet : pour celle du chapeau melon (de Magritte ?) déjà cité : 31 793 boîtes à meuh, pour un Stradivarius 169 333 333 Lampes d'Aladin, pour un casque de Gladiateur 22 joueurs de Baby Pascal Fauvet... Et ainsi de suite. De la transposition à la réversibilité et à l’équivalence il n’y aurait donc pas de différence essentielle. Comme il n’y en pas plus dans l’expérience intérieure qui met à jour du dehors sous forme d’exhibitionnisme. En quelque sorte : aucune différence donc entre montrer le cul du monde ou son âme. Existe bien là une certaine matérialité de l’art. Si bien qu’on ne peut traiter l’artiste d’idéaliste. Mais il y a plus : idéalité et matérialisme ne sont-ils pas des non-sens ? De fait ils sont traité ici en tels des résidus d’un dualisme et d’un manichéisme dont Fauvet se moque. En conséquence le photographe se situe aussi loin des « emmerdeurs idéalistes » à la Breton dont parlait Bataille que des « matérialistes antidialectiques » dont selon Breton Bataille faisait partie. Tout cela est pour Pascal Fauvet bien loin. Il a autre chose à proposer qu'à se faire les dents sur des curiosités vieillottes. Il préfère nous plonger dans des lieux où le « sacré » devient obscènes et « ob-scènes » en ses rapprochements ambigus. A la croisée de deux repères cette réflexion en acte sur la création reste bourrée d’humour. Elle devient une remise en cause de nos réflexes marchands et de la perception sur ce qui nous environne. Celui qui est parti après son service militaire à Bruxelles afin de s’imprégner de l’irrégularité des artistes belges - Paul Bury en tête - et qui a monté plus tard dans le Var l’entreprise de création de jeux de société "Merlin et mat" continue à développer son concept artistique issu de l’hybridation des choses. Elle tient à la fois de leur rapprochement et de leur absence de rapport. Et le photographe propose par sa stratégie un excès tragique mais léger. Il opère la mise à nu des êtres et de leur environnement. Ne reste alors plus qu’à rire. A rire comme ceux qu’on a trop longtemps soumis à la question. Mais l’œil immense de l’artiste devient aussi un regard poétique par l’entremise de la chambre noire. Pascal Fauvet ne se refuse rien. Il regarde puis « délire » sur les objets qu'il réunit sous formes de fausses coïncidences. Le tout par dérision à l’égard du sens. L'absurde surgit graphiquement et visuellement tant les aberrations proposées sautent aux yeux. Chaque tirage devient une forme d’idéogramme aussi organisé que fou. Pas d’authenticité ou de vérité mais une danse perpétuelle autour d’une énigme centrale des choses. Et comme cette énigme ne cesse de mettre en question le créateur rese forcément contraint d’inventer sa chorégraphie des choses. Elle est de nature nietzschéenne dans la mesure où le photographe estime qu’une œuvre nous fait advenir à nous-mêmes que légèrement et drôlement – ce qui n’empêche pas la gravité. Au contraire. |