31-05-2012

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Sandra Krasker

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TEXTE CRITIQUE PAR MARIE DEPARIS-YAFIL, critique d’art, commissaire d’exposition et en collaboration avec différents lieux d’art contemporain et galeries

L’oeuvre dessinée de Sandra Krasker s’inscrit dans une recherche particulièrement contemporaine sur ce qui anime le corps, non pas tant dans la forme générique du corps humain, mais dans ce qui en constituerait un portrait possible.
D’emblée, on sent chez cette artiste en émergence un goût, que la précipitation contemporaine aura rendu suranné, pour le travail et l’effort, mais aussi pour la
lenteur, celle du temps qui se vit, celle du « faire », du dessin qui se trace, de l’attente. Temps de l’observation, de la contemplation. Cette mise à distance de l’immédiateté se retrouve ainsi de multiples manières dans son travail.
D’abord, dans sa manière de prendre l’histoire de l’art à rebours.

 

Il y eut le dessin, la peinture puis la photographie, donnant lieu à ce grand débat quant à ce qu’il allait advenir de la peinture. Avec l’essor de ce nouveau média et support visuel, s’ouvre l’ère d’une prolifération des images sans précédent.
Il fallut alors que la peinture repense le sens de sa représentation.
Ainsi, à l’instar d’un Degas, d’un Vuillard, d’un Monet ou d’un Delacroix, ou plus récemment, comme peut le faire, par exemple, Philippe Pasqua, certains artistes utilisent la photographie pour assimiler ses données dans le processus pictural. Et puis certains, comme Bacon, passent par la photo pour emprunter le chemin inverse, nourrir la peinture de sa vérité. Sandra Krasker, elle, utilise la photographie pour en venir au dessin.

 
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 Sandra Krasker - Philip et fauteuils # 162X97cm Grand format, sanguine et crayons de couleur noir et vert, acrylique, papier marouflé sur toile, gesso pigments gris # Sandra Krasker

Tout commence donc avec une séance de pose, car Sandra ne dessine pas d’« après nature ». En l’absence du modèle, la relation avec sa représentation diffère. L’artiste n’est pas perturbée par ce tiers regard, la voici seule avec sa photographie qu’elle peut scruter, « déformer », travailler et interpréter sans entrave. Cette absence concrète du sujet renvoie l’artiste à l’introspection dont elle a besoin, la confronte, paradoxalement, plus immédiatement au corps du modèle, au trait, à la perception, à son observation. Sous l’objectif, peu à peu,
le sujet avait pris confiance, s’était laissé aller à un certain abandon, avait délivré quelque chose de son intimité, noué avec elle une relation éphémère dans le lieu et l’instant clos de l’atelier.
Dans ce travail a posteriori, Sandra Krasker entend saisir une vérité du modèle, une vérité sous-jacente, perceptible dans un regard, une attitude, un geste… Il s’agit pour elle de privilégier la saisie de l’émotion, du vécu, du ressenti, une forme de beauté qui n’est pas celle, académique, de parfaites proportions, mais qui a à voir avec ce qui transparaît de l’humain, ce qui en fait la beauté, en somme, réévaluant ainsi le sens de la « figuration ».

 
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Femme écorchée # 77X57cm Dessin mine de plomb avec différents stylos bic directement sur le support, papier. Ce dessin est dans la série des écorchés et révèle ce qu’il y a sous la peau, ici, j’ai travaillé en plus avec de l’encre de chine rouge. Le modèle est vivant mais la mort peut surgir, la mécanique parfaite du corps peut se détériorer. Il y a donc une fascination sur ce corps « parfait » sous et sur la peau mais aussi la confrontation de ce que l’on a à l’intérieur, aujourd’hui, l’imagerie de la médecine nous met face à notre intérieur # Sandra Krasker

Car derrière cette sorte de perfection classique de la ligne, ce n’est pas le corps qu’elle dessine mais c’est à travers lui, parce qu’il est enveloppe et support nécessaire, la saisie d’une intériorité implicite, le choix de la vulnérabilité de la chair à la fois que de sa puissance, une certaine forme de véracité au-delà, ou en deçà de la matière. Bien que les hommes et les femmes que dessinent Sandra Krasker soient le plus souvent partiellement nus, l’artiste ne se situe pourtant pas dans la crudité de Freud par exemple, car si elle exprime la réalité concrète de la chair, il n’y a ici ni volonté de violenter l’intimité du corps ni véracité inquisitrice mais bien plutôt un appel à l’autre, à la rencontre et à la sollicitude, pour s’inspirer des thèmes chers à Emmanuel Levinas. Et sous l’apparent académisme d’une citation néo-classique, perce alors une authentique modernité, nourrie d’une réflexion sans concession sur la question du traitement de la figure humaine, à la recherche d’une part de vérité de l’humain contemporain, tant dans son rapport au corps que dans ses désarrois perceptibles.

 
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 # L’ABANDON est une toile sans châssis afin que la toile se libère du support bois et devienne aérienne. J’ai choisi l’accrochage au plafond pour créer une confusion de l’espace : le modèle est vu de dessus sous 2 angles. Ici au plafond, on inverse ce rapport de dessus/dessous. L’accrochage au plafond est aussi une référence au décor en trompe l’œil. J’ai voulu accrocher la toile comme une tenture pour signifier une pesanteur des corps en paradoxe avec l’aspect aérien du support.- Sandra Krasker

 
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 L’abandon # 200X140cm - L’abandon est un travail sur une toile avec une préparation au gesso (Installations pour voir l’accrochage au plafond de l’atelier). Le modèle est un jeune homme sous 2 angles, crayons de couleur noir et bleu, sanguine et acrylique sur toile agrafée au mur # Sandra Krasker


Le thème classique des « écorchés » renforce cette dimension existentielle.
Si Sandra Krasker ne tombe pas dans l’empathie avec son modèle, ou dans une forme d’expressionnisme, elle n’a pas non plus le regard du biologiste, ni ne pose la distance, la neutralité du dessin d’anatomie. Elle maintient ainsi sans cesse une sorte d’ambiguïté entre le souci de réel et la puissance émotionnelle et charnelle qui se dégage de ses esquisses. Le « sous la peau », l’organique presque, le besoin de sentir les palpitations de la vie, le sang qui coule dans les veines, la chair dans son dénuement, sa fragilité concrète, sa complexité aussi, bref, tout ce qui donne sa valeur intrinsèque et inaliénable à l’humain, à l’heure où le cynisme l’emporte parfois sur la vie.
Bien entendu, apparaissent en filigrane les questions, fondamentales, de la précarité de la vie, de la corruption et de la mort.

Mais il semble qu’il y ait avant tout chez Sandra Krasker une émotion réelle face aux déploiements de la vie, à l’existence même. Sous l’âpreté de son trait, contrastant avec la douceur de son regard, et la peinture qui coule, manifestant discrètement la mobilité et la déliquescence des choses et des êtres, l’oeuvre montre l’humain en situation dans le monde, avec ses faiblesses et sa corruption, poignante mais sans pathos.

 
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Femme allongée C01 # 146X89cm Grand format, pierre noire, acrylique, papier marouflé sur toile, 2 couches de préparation au gesso avec des pigments différents # Sandra Krasker 


Depuis quelques temps, Sandra Krasker a manifesté sa volonté de faire passer le dessin dans une forme de tridimensionnalité avec des installations aux ambitions sculpturales ou dans lesquelles le spectateur serait immergé, par le biais d’un système de « papiers suspendus » donnant à la fois profondeur et densité charnelle au dessin. Ainsi, les « mobiles », permettant de tourner autour du dessin comme on le ferait avec une sculpture ou encore la très intéressante installation «Force et précarité du corps», dans laquelle un dessin est traversé par une tige de cuivre de 2m. Sous le poids naturel de l’attraction terrestre et la fragilité du papier, le dessin finira par glisser ou se détériorer, signifiant ainsi, dit l’artiste, « la précarité de notre enveloppe corporelle ».
Sandra Krasker esquisse ainsi de portrait en portrait les contours d’une oeuvre puissante, tant dans la rigueur de son exécution, que dans les émotions qu’elle sait y laisser affleurer.
Marie Deparis-Yafil
Octobre 2010

# Depuis le 1er JUILLET 2010 : Sandra Krasker est Résidente permanente à l’Association 59 Rivoli soutenue par la Mairie de Paris et la Fraap, son travail est visible dans un atelier au 6ème étage sur RDV.

Les horaires d’ouvertures sont du mardi au dimanche (fermé le lundi) et le
samedi de 11h à 20h et tous les autres jours de 13h à 20h.
Pour plus d’infos : http://www.59rivoli.org/

ATELIER11#PARIS, 6ÈME ÉTAGE
59, rue de Rivoli, 75001 Paris
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http://sandrakrasker.com/
33-(0)6-60-85-80-03
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Rencontrez les artistes de "l'after-squat" 59 rue de Rivoli
envoyé par mairiedeparis. - Films courts et animations.

Installations 2011

 
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 Sandra Krasker Installation "L'homme écorché recto/verso avec éclairage électrique 200 x 100 cm

 
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Sandra Krasker Installation papiers au mur avec le même éclairage dans la continuité, 150 x 200 cm. Le cordon électrique signifiant la circulation sanguine, donc la vie dans nos corps

SANDRA KRASKER L'ALPHA ET L'OMEGA DU CORPS Par Jean-Paul Gavard-Perret

Les corps de Sandra Krasker semblent soumis au temps mais de manière étrange. L'artiste les offre par fragments ou dans leur totalité. En ce qu'ils conservent d'insaisissables ils nous accordent des concordances infinies et fugaces. Des intensités aussi. Les toiles restent des moments révélateurs de leurs états verticaux ou horizontaux ris dans une forme d'absence. Dominant totalement sa technique l'artiste poursuit le corps.  Elle les dénude ou les enveloppe. Tous semblent muets. Ils n’ont plus besoin de parler. S’invente histoire sans parole dans leur élévation ou leur prostration. Ils en savent plus que nous. Ils nous appellent dans leur tendre indifférence afin que nous nous reconnaissions. Ils deviennent en conséquence le corps de notre pensée et s'immiscent presque à l’intérieur de nous comme nos organes.

Mais tout cela passe par les "étoffes", les textures, les tessitures, les matières que Sandra Krasker inventent pour le mariage en elle d’une étoile d’ici-bas et d’une lionne étrange. L’artiste pousse de plus en plus loin sa recherche. Elle fait passer le dessin dans une sorte particulière de tridimensionnalité. Ses installations de « papiers suspendus » donnent une «autre « corporéité » à ses dessins. Ses  « mobiles » rendent possible de les regarder sous toutes leurs faces afin d’estimer plus précisément la force et la fragilité du corps selon un principe précis défini par l’artiste :  « un dessin est  traversé par une tige de cuivre de 2m. Sous le poids naturel de l’attraction terrestre et la fragilité du papier, le dessin finira par glisser ou se détériorer pour suggérer la précarité de l’enveloppe corporelle » à laquelle renvoie celle du support. Il permet de la distinguer à travers la matière. Elle-même crée trajets, souffles,  croisements, directives, champs d’absence, cavernes et un théâtre de renversement.

Une physique étrange dans laquelle matière et antimatière semblent jouer en nous sortant du seul face à face. L'œuvre crée donc une série de troubles.  Le haut pénètre le bas et vice versa. Elle épuise la vision et s’en réclame. Ce qui a lieu ruisselle. La mémoire travaille en surplomb. La lumière révèle la couleur et les formes. Pas de révélation sans cette réciprocité. Il faut au désir cette charnière. Embrasure des seuils. Débordements. Fable des couleurs et du mouvement. Etats de l’air. Il devient lumière afin que les ombres lumineuses s’érotisent aux galbes des formes jusqu'à laisser percer  un visage intérieur. Celui de l'artiste peut-être.

Sandra Krasker invente une visualité qui s’adresse non seulement à la curiosité et au plaisir du visible mais à un seuil d’un appel, à son imminence. L'artiste donne à la croyance le support visuel d’un désir de voir l’Absente ou l'Absent faussement en attente (sinon pour celui qui le fantasme). Le travail joue sur le rapport de l'image et du support, et sur celui entre ce qui est peint et dessiné. Chaque dessin ou peinture devient une chambre de voyance. Dans des jeux de doubles, de volumes complexes, de plans, de chromatismes premiers une sorte d’expansion spatiale prend « corps ». 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 
 

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