31-05-2012

LE MUSEE PRIVE
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75017 Paris
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NATASHA CLAYTON

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NATASHA CLAYTON OU LES TEMPLES D’INCONVENANCE

Natasha Clayton est une artiste canadienne qui cultive le fétichisme kitsch  non sans humour qu’elle appuie souvent d’insert doucereusement (ou pas) salaces. Depuis sa plus tendre enfance elle dessine et peint principalement sur support papier. Son goût pour le body-art  ne l’a pas empêché (au contraire) de créer un double, son double : Gloria (référence à Patti Smith ?) dont les images et les aventures ont été d’abord publiées dans la presse indépendante de San Francisco.

 

 
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Ses études d’art en Grèce, sa vie à Londres où elle vit avec des drag-queens et découvre les films de Russ Meyer films lui permettent de découvrir ses propres concepts artistique et son style voir un langage qu’elle développe d’abord dans un magazine d’Athènes avec la photographe Marie Giorgandi. Elle travaille aussi dans la capitale grecque avec Takis Moraitis où elle organise des expositions. Elle étudie aussi l‘art avec Gorgos Kouzounis et crée le fanzine d’art « Gamut KL ». Sa première œuvre véritable date de 1999 et s’intitule « Kali », in 1999. Après son retour à Montréal sa création explose véritablement. Elle y produit sa première exposition individuelle : « Those Women Your Mother Warned You About » puis « Bad Women Gone Worse » qui est considéré à l’époque comme une des trois meilleures expositions de Montréal selon les lecteurs du « Montreal Mirror ».

En 2005-2006 elle participe au « Detroit dirty show ». L’artiste passe une grande partie de son temps à étudier l’art afin de trouver le langage le plus simple et le plus libre et sexy possible. Il est largement inspiré par le Burlesque, des films cultes (Tarrantino par exemple) ou simplement par des femmes rencontrées dans la rue. En 2007 elle a exposé dans “Beyond the valley of the bone crushing vixens and other lovely ladies” une vingtaine de punkettes de sa jeunesse puis "Women who behave rarely make history" et Nudie Cutie Plethor-a-m-a!" qu’elle a présenté à “The Legend Art gallerie” de Montréal. Depuis l’artiste se concentre de plus en plus vers les U.S.A. et l’Europe. Celle qui ne se sent complètement elle-même que dans ses créations multiplie les portraits de femmes sexy, noires, blanches, trans. Chacune représente une part de sa personnalité Sa vérité tient donc à ce dévoilement construit sur une variété de l'illusions – presque de prestidigitation.

 
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Si elle  refusait cet exercice sa vérité perdrait de sa complexité. C’esr pourquoi Natasha Clayton ne cesse d’avancer masqué dans son univers sexy et drôle. Sa « nudité » ne se révèle qu’à ce prix. Bikini, Body et autre lingeries fines  ressemblent à un fluide particulier sur et de la peau. Il est elle sont à la fois liquide et solide pour faire surgir un corps énigmatique.  Il  ramène autant à une conception de l’art à l’antique (issu de la formation première de l’artiste) que de l’iconographie sexy la plus populaire  des Usa et  telle qu’elle s’y développa dans les années 50 . La créatrice rappelle que le cosmétique est l'art de la parure. Celle-ci orne et ordonne, cache et dévoile tout autant. La cosmétique et la femme : tous les deux sortent de la même source, elles désignent l'arrangement, l'harmonie, la loi du visible et de la convenance qui devient avec la créatrice celle de l’invisible et de l’inconvenant.  Rien ne va aussi près de la vérité. Natasha Clayton  trahit par ses doubles les normes de la beauté ou plutôt joue avec. L'ordre de ses « voiles » est celui d'une " variété " du monde interlope qu'elle soumet à sa propre règle. Son travail reste donc toujours de l'ordre du cosmétique mais s’intéresse autant au  voile plus qu’à la peau. Tant d'artistes modernes le refusent comme s'ils n'osaient plus soutenir l'enjeu que cela suppose. Tout se montre pourtant dans les effets trompeurs ou superbes du voile ou de ce qu’il en reste dans les déshabillés. Il devient alors  de la même nature que la peau.

Cherchant jamais l’affèterie l’artiste crée le corps de ses femmes selon des modulations diverses : denses, compactes mais tout autant ondoyantes, fuyantes.  Et ce qu’elle cache est moins un corps que l'invisible de l'inconscient qui tel un lac visqueux  prend pour argent comptant la lumière qui joue sur elle. La difficulté reste de découdre ce que le voile recouvre et qui demeure ambigu quant au sexe, sa nature, sa couleur et la nature même de sa représentation. Il ne s'agit pas de le relever mais d’accepter l'errance proposée. La fixité de tels créatures n’est qu'une thèse de départ. Sous le front de sa stabilité se jouent bien des affronts. Et soudain la condition identitaire prend de nouvelles altérations. Surgissent des variations imprévues. Il faut en suivre la disposition délicate et les positions inconvenantes jusque dans le talweg de leurs coutures, dans la topologie de surfaces, les lueurs d'aube au néon ou d'ultime crépuscule d’orgie.  Se posent alors deux questions : Comment si peu de textile peut recouvre le corps ? Que signifie voiler ? La simple allusion d’un geste éveille les membres, ils courent à la rescousse des yeux lorsque la vue elle-même se voile. Le voile à l'inverse endort le corps, l'imbibe, l'anesthésie. L'impression défaille mais en même temps elle excite,  rend plus sensible. Si bien que tous les specteurs avancent l’œil bandé.  Mais pas lui seulement.

Une douceur s'offre à l'extérieur comme le fait éprouver l'eau de la mer lorsqu'on se baigne. Toutefois, la douceur devient plus caressante. Assez forte pourtant afin de résister aux circonstances et aller les chercher avec hardiesse à la fortune du monde. Elle est donc assez puissante mais assez fine pour qu’on en saisisse les appels discrets. C'est une douceur dure, sensitive, délicate et en porte-à-faux entre le délectable (et le déchirant). Certes, nous n'apprenons rien de ce qui vraiment marque la complexion des corps. Cependant elle demeure assez chaude pour que sa trace perdure.  Monde et corps  se caressent. Tout devient souplesse, confluence et dépliement.  Par occupation des lieux qui fluctuent,  chaque dessin ou peinture crée une danse solide qui favorise la fusion et verse au fluide.  Elle fait de l'être et du monde un mélange métisse. Tout se rencontre à la contingence en devenant un matelas de turbulences. Voiles de voile et de voisinage, couches, pellicules jouent de manière diaphane et pourtant sensible en ce qui n'a pas de densité sinon une densité énigmatique.

Jean-Paul Gavard-Perret

Voir le site de l'artiste : www.nclayton.com/index.htm

Natasha Clayton Peintre
Née en Ontario en 1970

Formation
1995-1996 Studied with George Kouzounis cinema poster painter Athens, Greece
1993-1995 Akto school of Arts, Athens, Greece studied graphic art, art history


Expositions individuelles
2004 Bad women gone worse, Second cup (was voted 3rd best exhibition 2004 by mirror readers)
2003 Those women your mother warned you about, Café pi

Expositions collectives
2007 De l'art à la censure, Musée juste pour rire, Montréal Qc
2006 The international erotic art exhibition, Bert's warehouse teather, Detroit, US
2006 F+ART show, Montreal fashion week Le marche, Montreal, Canada
2006 The 7th annual dirty show, Tangent gallery, Detroit, US
2005 Much of madness, more of sin, Foufoune Electrique (was voted 5rd best exhibition 2005 by mirror readers), Montreal, Canada
2005 Televised art auction, PBS (painting submitted went into overbid), Plattsburgh, NY
2005 PBS mountain lake auction, Stewart Museum, Montreal, Canada
2005 The 6th annual dirty show, Tangent gallery (curator purchased painting), Detroit, US
2003 fetish exposition, café pi Montreal, Canada
2003 Two Women, Two generation, Two visions, Nu Art café, Montreal, Canada

I like to paint powerful women, That's why when I paint the eyes I think of the feelings I'm trying to convey in the painting, usually power, sensuality, bitchiness, intelligence or revenge. I use acrylic because I can't stand to wait for oils to dry and acrylic tend to have brighter colours and they dry faster and enable me to layer the paint with out mixing colours. When women look at my paintings I hope they can identify themselves in them or the woman they would like to be. When men look at the paintings I hope to provoke passion or fear.

INTERVIEW DE NATASHA CLAYTON
par J-Paul Gavard-Perret, décembre 2011

Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ?

Mes deux teckels, mon copain et le besoin de créer. (My two dachshunds, my boyfriend and the need to create.)

Que sont devenus vos rêves d’enfant ?

Bien, j’ai passé l’âge de devenir pilote de moto sur glace, mais c’était ce que j’avais espérer être . (Well I am past the age to be a ice motorcycle racer, but pretty much what
I'd hoped to be).

A quoi avez-vous renoncé ?

A mon innocence. (My innocence.)

D’où venez-vous ?  

De la plus merveilleuse femme du monde. (The most wonderful woman in the world).

Qu’est-ce qui vous distingue des autres artistes ?

Mon amour des femmes fortes, la sensualité et ludique dans mon art avec un peu de cul  jeté dans le mélange. Je veux que les femmes dans ma peinture raconte une histoire.  Une qui pourraient rendre la mâchoire pendante ou faire rougir un peu.  Mes expériences de vie s’ajoutent à ma création. (My love of strong women, sensuality and playfulness in my art with a bit of badass thrown in the mix. I hope the women in my painting tell a story, one that might make your jaw drop or blush a bit. My life experiences that add to my view of creation).

Où travaillez vous et comment?

Dans ma maison, dans le living-room ou le bureau. Avec un teckel blottit sur moi. (In my house, in the living room or office, With a dachshund snuggling on me).

Quelles musiques écoutez-vous en travaillant ?

Je regarde des films plus que j’écoute de la musique. J’aime les stimuli visuels. Russ Meyer, John Waters sont mes grandes influences. (I watch movies more than listen to music, I like the visual stimuli. Russ Meyers, John Waters are big influences).

Quel est le livre que vous aimez relire ? 

L'autobiographie de ma grand-mère, cela me permet de me sentir plus proche d'elle. (My grandmother's biography, makes me feel close to her.)

Quel film vous fait pleurer ?

« 37, 2 le matin ». (37.2 Celsius le matin).

Quand vous vous regardez dans un miroir qui voyez vous ?

Cela dépend des jours. Celle que j’étais à 5 ans ou celle que je suis à quarante. (Depending on the day, my 5 year old self or my 40 year old self.)

A qui n'avez-vous jamais osé écrire ?

Une fois j’ai écrit à Henry Rollins que j’adore et je respecte. C’était intimidant. Il m’a répondu. J’ai toujours son mail. Rien de plus après cela. (I once wrote to Henry Rollins who I adore and respect, that was intimidating, he wrote back I still have the email. So no one after that).

Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ?

La Grèce, plus précisément Hania en Crête. (Greece, more specifically Hania in Crete.)

Quels sont les artistes dont vous vous sentez le plus proche ? Tamara de Limpika, elle a toujours suivi son chemin. J’admire les travaux de beaucoup de femmes. (Tamara de Limpika, she did it her way. I admire the work of many female
artist.)

Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ?

Un téléphone bleu rétro. (A blue retro phone).

Que vous inspire la phrase de Lacan : "L'Amour c'est donner quelque chose qu'on n'a pas à quelqu'un qui n'en veut pas"? 

Je pense que c’est une connerie. Ceux qui ne veulent pas de votre amour ne le méritent  pas. (It think it's bullshit! If someone does not want your love, they don't deserve it.)

Que pensez vous de celle de W. Allen : "La réponse est oui mais quelle était la question ?".

Ou la réponse est 42 (Or the answer is 42).

 
 

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