Exposition Antoni Clavé à la Bibliothèque Nationale de France

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Alors que les éditions Skira publient un catalogue raisonné de l’oeuvre gravé d’Antoni Clavé, la Bibliothèque nationale de France expose,
du 9 janvier au 25 février 2018, un ensemble d’estampes de l’artiste, témoins de la grande richesse technique et stylistique de son oeuvre.
Peintre-graveur majeur du XXe siècle, Antoni Clavé trouve dans l’estampe une pratique complémentaire indispensable à sa peinture.
La publication de Skira ainsi que l’exposition de la Bibliothèque nationale de France invitent le public à découvrir ou redécouvrir cet artiste singulier qui occupe une place à part dans l’histoire de l’art français, espagnol et catalan de la seconde moitié du XXe siècle.

Organisée à l’occasion de la donation de 92 estampes consentie par les petits-enfants de l’artiste, l’exposition que propose la Bibliothèque nationale de France offre un panorama de l’oeuvre gravé d’Antoni Clavé. Une cinquantaine d’oeuvres de 1955 à 1995 retracent quarante ans d’un parcours d’une grande richesse technique et stylistique. Lithographies, eaux-fortes, aquatintes, gravures au carborundum, gaufrages, collages et kraft lithographié permettent d’appréhender une facette de l’oeuvre de ce créateur inclassable.

 

Affiche Antoni Clave BnF
L’EXPÉRIMENTATEUR
Artiste protéiforme, Antoni Clavé fut à la fois peintre, graveur, sculpteur, mais aussi décorateur, affichiste et illustrateur. Si la peinture a toujours occupé une place prépondérante de sa pratique artistique, gravure, sculpture, décors de théâtre et tapisseries n’ont eu de cesse d’alimenter son art avec des allers-retours permanents entre les différents médiums pratiqués. La pratique de la gravure est pour Antoni Clavé l’occasion de s’adonner à de multiples expérimentations plastiques. Il se livre ainsi au détournement, au hasard, laissant libre cours, en atelier, à son activité créatrice. Le support devient même chez lui oeuvre d’art à part entière.
Motllo blanc, 1971  Carborundum en couleurs et gaufrage  78 x 56,8 cm  BnF, Estampes et photographie  © ADAGP, Paris, 2017-2018  Crédit photo : Marc Domage / Julie Barrau
CLAVÉ ET LA GRAVURE

L’oeuvre gravé d’Antoni Clavé comprend près de 520 estampes originales ainsi que plusieurs centaines gravures d’illustrations. Pleinement impliqué dans le domaine de l’imprimé, l’artiste catalan se sert de tous les procédés pour expérimenter des combinaisons infinies d’effets, de matières et de couleurs. Après une brève expérience en Espagne, Antoni Clavé commence à pratiquer véritablement la lithographie en 1939 dans l’atelier d’Edmond Desjobert qui fut l’imprimeur de Picasso, Maillol, André Lhote ou encore Zao Wou-Ki, Maurice Estève et Jean Dubuffet. De facture classique, les premières lithographies de Clavé sont mises au service de la narration et de l’illustration. L’un de ses ouvrages, Gargantua, publié en 1955, renouvelle durablement l’iconographie du peintre, dont les sujets – rois et reines, guerriers et natures mortes – sont conçus au moyen d’enchevêtrements de matières.

Lors d’un séjour à Barcelone en 1965, Antoni Clavé s’initie à l’aquatinte et à l’eau-forte. Installé ensuite à Saint-Tropez, il délaisse la lithographie au profit de la taille-douce. Il grave sur cuivre, sur zinc. Il aménage un atelier dédié exclusivement à l’estampe. La découverte en 1968 de la gravure au carborundum, récemment mise au point par le peintre-graveur Henri Goetz, est une révélation pour Clavé qui en fait sa technique de prédilection. L’ajout de matières et la réalisation d’empreintes rendus alors possibles grâce au gaufrage viennent enrichir son répertoire iconographique et correspondent parfaitement à sa démarche artisanale et expérimentale. Grâce à ces techniques, il explore d’autres matériaux comme l’aluminium et crée jusqu’à la fin des années 1990 une multitude d’estampes rivalisant d’ingéniosité. Il s’amuse à associer toutes sortes de matériaux à ses eaux-fortes et aquatintes : tissus, cartons, bois, coupures de journaux, cordes, clefs, et plus tard clous, punaises, vis, trombones et agrafes.

HOMMAGE À REMBRANDT
D’après Rembrandt IV, 1966  Eau-forte et aquatinte en noir  65,5 x 50,5 cm  © ADAGP, Paris, 2017-2018  Crédit photo : Marc Domage / Julie Barrau
L’eau forte  est  une  gravure  à  l’acide,  utilisée  par  les artistes dès le XVIeme siècle  et pratiquée par de nombreux peintres-graveurs dès  le  siècle  suivant.  Parmi  les  plus illustres, Rembrandt réalisa
environ trois cents estampes, exploitant   merveilleusement   les  multiples   possibilités qu’offre  l’eau-forte.  Sa  pratique  influença  les  grands maîtres de la gravure comme Goya, Delacroix, Degas ou encore Picasso. Fasciné par Rembrandt, Antoni Clavé lui rend hommage à plusieurs reprises. En 1966, il reprend un thème rare du répertoire rembranesque, le nu féminin, et élimine –ou plutôt «efface» –tout autre objet de la composition initiale  pour  se focaliser uniquement sur le corps féminin vu de dos et dont il accentue les courbes.  
Ses  noirs  sont  travaillés  tout  en  subtilité.  Il  va  même jusqu’à  proposer  plusieurs  états  de  sa  gravure.  En brouillant  les  pistes  de  lecture,  il  s’efface  pour  rendre hommage au maître hollandais désormais incarné par «le modèle». Plus qu’une dédicace, c’est en quelque sorte une déclaration d’amour.
INSTRUMENTS ÉTRANGES
Instrument étrange II, 1980  Eau-forte, carborundum en couleurs et gaufrage  100 x 75 cm  BnF, Estampes et photographie  © ADAGP, Paris, 2017-2018  Crédit photo : Marc Domage / Julie Barrau
Ensemble de gravures au carborundum créées en 1980, la  série  des Instruments  étranges fait écho à une série de  sculptures  réalisées quelques  années  plus  tôt  et intitulées Les Instruments  de  musique.  
Antoni  Clavé célèbre  ici  la  musique,  qui  l’a  toujours  inspiré,  et  plus particulièrement les instruments  à cordes  et  à  vent.
Au début de sa carrière, l’artiste a en effet réalisé des décors et  des  costumes  pour  des  œuvres  de  Bizet,  Mozart, Verdi,  puis  rendu  hommage  à  Grieg  et  Pierre  Boulez.
Papiers   déchirés,   gaufrés, perforés   et   superposés, cordes, ficelles, agrafes, clous et fils de nylon, empreintes de planches de bois ou d’aluminium: Antoni Clavé utilise ici l’assemblage, l’adhérence des motifs et des matières dans  le  carborundum,  produisant  ainsi  des  reliefs,  des effets  de  matière,  et  permettant  à  ses  gravures  de dépasser la stricte bi-dimensionnalité
COMMISSARIAT

Céline Chicha-Castex, Conservateur au département des Estampes et de la photographie, BnF
Aude Hendgen, Responsable des Archives Antoni Clavé

 INFORMATIONS PRATIQUES

Exposition Antoni Clavé. Estampes
9 janvier > 25 février 2018
BnF I François-Mitterrand I Quai François-Mauriac, Paris XIIIe I Galerie des donateurs

Du mardi au samedi 10h > 19h I Dimanche 13h >19h I Fermé lundi et jours fériés I Entrée libre

CATALOGUE RAISONNÉ

Clave catalogue raisonné

Précédant de quelques semaines l’exposition « Antoni Clavé CLAVÉ Estampes » présentée à la BnF, les Éditions Skira publient en décembre 2017 l’intégralité de l’oeuvre gravé de l’artiste dans un ouvrage réunissant près de 520 estampes originales ainsi que 22 livres de bibliophilie auxquels l’artiste a collaboré. Ce catalogue raisonné fait ainsi suite aux ouvrages de référence de Roger Passeron (1977) et de la Sala Gaspar (1984), en rassemblant autour des oeuvres gravées précédemment publiées, des redécouvertes, des oeuvres inédites et les dernières estampes réalisées par l’artiste et jamais montrées dans leur ensemble à ce jour. Les ouvrages de bibliophilie réalisés par Antoni Clavé complètent cet ensemble.

Préfacé par François Pinault dont Antoni Clavé fut l'ami, cet ouvrage en trois langues – français, anglais et espagnol – se veut un outil exhaustif pour les amateurs autant qu’une plongée au coeur d’une pratique de la gravure, en dialogue permanent avec la peinture et la sculpture.

AUTEURS

Céline Chicha-Castex est conservateur au département des Estampes et de la Photographie de la BnF, chargée du fonds d’estampes du XXe siècle. Elle est également commissaire d'expositions dans ce domaine, parmi lesquelles Les Estampes de Giacometti en 2007 ; Hans Hartung, estampes en 2010 et Le monde de Topor en 2017.

Aude Hendgen est historienne de l’art. Elle fut assistante d’expositions au Petit Palais, puis a rejoint le Château de Versailles où elle contribua entre autres à Quand Versailles était meublé d’argent en 2007-2008 et Jeff Koons en 2008. En charge depuis 2010 des Archives Antoni Clavé, Aude Hendgen continue d'organiser des expositions dont elle assure parfois le commissariat : Antoni Clavé Matter Alchemy Biennale de Venise, 2015.

Tomás Llorens est professeur à l'Université d'Alicante en Espagne et spécialiste du sculpteur Julio Gonzalez (1876-1942).
Premier directeur de l’Institut Valencien d’Art Moderne (IVAM), il est à l’origine de la création du Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía qu’il dirige de 1988 à 1990, puis de la Collection Thyssen-Bornemisza à Madrid de 1991 à 2000.

« Antoni Clavé n’a eu de cesse de repousser les frontières du champ artistique pour trouver de nouvelles formes d’expression et renouveler le langage de l’art. Un défi qu’il a relevé avec éclat. Il suffit de regarder ses gravures pour s’en rendre compte. »
François Pinault

INFORMATIONS PRATIQUES
Auteurs : Tomàs Llorens, Céline Chicha-Castex, Aude Hendgen
Préface : François Pinault
Éditeur : Skira
Format : 24,5 x 29,5 cm
Nombre de pages : 264
Illustrations : 704
Parution : décembre 2017
Langues : français, anglais, espagnol
ISBN : 978-2-37074-065-6
Prix : 99 € TTC
REPÈRES BIOGRAPHIQUES
 
 

Clave portraitNé à Barcelone en 1913, Antoni Clavé effectue toute sa carrière en France. À l’âge de 13 ans, Antoni Clavé doit travailler et est embauché comme commis dans une maison de tissus pour gaines et corsets. Il s’inscrit au cours du soir de la Escuela de Artes y Officios Artisticos y Bellas Artes de Barcelone. Il apprend ensuite à manier les brosses, à dessiner, à faire des lettres et du faux bois chez Tolosa où il est embauché comme apprenti peintre en bâtiment, place qu’il abandonne pour vivre de travaux publicitaires et décoratifs dans lesquels il s’essaie déjà à des expérimentations d’avant-garde : des collages de matières diverses, cordes, tissus imprimés, carton ondulé, papier journal. Ces premières expériences l’initient à des procédés et des matériaux qui sont au coeur de sa pratique artistique, en peinture comme en gravure mais aussi pour ses oeuvres sculptées.

En 1936, la Guerre d’Espagne éclate et éloigne Antoni Clavé de son pays. Il arrive en France début 1939. Il expose dès son arrivée des dessins exécutés du camp d’internement de Prats de Molló, des gouaches et quelques portraits à la mine de plomb de ses compagnons d’infortune. Arrivé à Paris, il vit de travaux d’illustrations, notamment pour une maison d’éditions enfantines pour laquelle il dessine des comics. Il crée par ailleurs des sculptures surréalistes, premiers assemblages de l’artiste.

Antoni Clavé débute véritablement sa carrière d’artiste au début des années 1940 sous la protection du groupe des peintres espagnols de l’École de Paris. Époque intimiste, ses huiles et gouaches sont influencées par Pierre Bonnard et Édouard Vuillard. Il pratique la lithographie dans l’atelier Desjobert à Paris. En 1944, sa rencontre avec Picasso est déterminante dans sa vie comme pour l’avenir de son oeuvre.

Décors et costumes de ballets composent à cette même époque une part essentielle de son travail : Théâtre Marigny, Covent Graden, Théâtre de l’OEuvre, Ballets des Champs Elysées, Ballets de Ruth Page, Chicago Opéra Ballet, Festival du XXe siècle, Les Noces de Figaro, de Mozart, Ballets de Roland Petit. Malgré un succès grandissant, Antoni Clavé abandonne la décoration théâtrale en 1954 pour se consacrer uniquement à la peinture.

Antoni Clavé est également l’auteur de nombreux livres de bibliophilie qu’il illustre : Pouchkine, Mérimée, Voltaire, Rabelais. Ces travaux lui inspirent de nouveaux sujets : Roi de cartes, Personnages du Moyen Age et Guerriers. Les expositions se succèdent : Galerie Delpierre à Paris, Anglo-French Art Centre à Londres, Galerie Robert Martin à Oran, Malmö et Göteborg.

Dès le début des années 1950, l’oeuvre d’Antoni Clavé connaît une reconnaissance internationale. Il expose à Buenos Aires, Rome, Milan, Londres, Barcelone Genève, Bilbao, Tokyo, Cologne. Il se rend au Japon en 1972, puis rentre en France par New York où les graffitis des rues et du métro lui inspirent des peintures. Il entreprend la suite de gravures destinées à illustrer La Gloire des Rois de Saint-John Perse. Il exécute également ses premiers essais de papiers froissés en trompe-l’oeil. Il est exposé au Musée national d’art moderne Centre Georges Pompidou et au Musée d’Art moderne de la Ville de Paris, entre autres.

Les années 1980 voient croître la reconnaissance d’Antoni Clavé dans son pays natal où se multiplient les expositions.
Son OEuvre est présenté à la Sala Gaspar, au Centre d’Études Catalanes comme à la FIAC de Paris en 1982. Il réalise la même année une peinture murale de 9 mètres sur 3 pour l’aéroport de Barajas à Madrid. En 1984, le pavillon espagnol de la Biennale de Venise est consacré à Clavé : 125 oeuvres, peintures, sculptures, maquettes et projets de costume de théâtre, retracent l’essentiel de son oeuvre que complètent 150 lithographies et gravures au Museo de Arte Contemporáneo de Madrid.

En 1985, Antoni Clavé rend hommage à Pablo Picasso en présentant 13 peintures et collages sous le titre A Don Pablo à la galerie Regards à Paris puis au Musée Picasso à Antibes, et l’année suivante à la Sala Gaspar. Il fait un nouveau séjour au Japon en 1986 où sont organisées quatre expositions de son oeuvre. Deux ans plus tard, ses premiers « tableaux-jouets » sont montrés à la FIAC. Clavé fait un voyage à New York qui lui inspire de nouvelles peintures qui sont présentées à la Foire de Bâle ainsi qu’à Paris. En 1990, la sculpture monumentale commandée par la municipalité de Barcelone pour commémorer l’Exposition Universelle de 1888 est installée au parc de la Citadelle. Les expositions et grandes rétrospectives en Europe se multiplient au cours des années suivantes : Santiago du Chili, Barcelone, Bologne, Paris, Nice, Madrid, Milan, … mais aussi New York et Tokyo.

Depuis son décès en 2005, de grandes rétrospectives ont été consacrées à Antoni Clavé : Fondation Fernet-Branca de Saint-Louis, Galerie Beyeler de Bâle, Musée Picasso de Münster, Biennale de Venise, Espace Rebeyrolle d’Eymoutiers. Son OEuvre est par ailleurs présenté dans de nombreuses expositions thématiques, historiques ou collectives, en France comme à l’étranger : Frankfort, Aix en Provence, Toulon, Barcelone, Saint-Tropez, ....

En mars 2011, le premier lieu entièrement consacré à l’oeuvre d’Antoni Clavé et conçu par Tadao Ando est inauguré près de Tokyo, prolongeant ainsi le lien singulier tissé dès les années 1960 entre l’artiste et le Japon.

 

LE MUSEE PRIVE

tél: (33) 09 75 80 13 23
Port.: 06 08 06 46 45

 
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 Patrick Reynolds
Directeur de publication

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