Marie Morel La sexualité des vieilles dames |
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Dans l'inconsolable des pertes d’avoir dû quitter un paradis utérin tout peut encore renaître à coup d’éclair sur lesquels Marie Morel porte sa vision à fleur de vie. Elle aussi à sa manière caresse l’indicible, capte le foisonnement du désir dans celui des corps au cœur même d’une expérience du dedans encore et toujours en amont avant que toute trace de vie ne disparaisse. Les femmes elliptiques et nimbées de blancheur expriment une sensation de l'ineffable, cet ineffable qui étymologiquement ne se parle pas, ne peut être verbalisé mais qu'on découvre dans les oeuvres de l’artiste de l’Abergement. Elle pose la question du corps désirant dont le temps qui passe devient un amplificateur. Dans ce dernier livre d’images la sexualité s’égrène le long de corps usés que soulignent des dessins aux couleurs plus ou moins sépia. La vieille femme trône blême et have, elle a perdu son sourire. Il n’est plus utile de le porter. Les rusés ont déserté ses lieux pourtant la femme vit encore de désir. « Un être sans éros est un être mort » rappelle Marie Morel mère de toutes ces grand-mères et de leurs désirs secrets . Chez l’artiste le désir est une expérience altruiste qui suppose au moment où le corps est « enchaîné » à la vieillesse un effort d'affinement de la conscience pour accueillir en soi l'autre afin de prêter attention à son désir. Contre certaines façons de "prendre" qui blessent, annihilent, étouffent l’artiste pacifie le désir sans l’annihiler au sein d’un étrange soliloque et une accumulation. Il y a là au moment où on ne l’attend pas une promesse d'un autre horizon, d'une autre aventure à la fois plastique mais aussi existentielle. Les vieilles femmes créent des mouvements, engendrent des silences. Preuve qu’il ne faut peut-être jamais sortir du jadis du corps habité des grands-mères, de leur joie, de leur péché. Marie Morel estime que la volupté est moins originaire que natale. C’est ce que prouve son œuvre blanche sinon de paradis du moins de limbe donc d’attente. De délivrance ? De séparation ? Chacun l’appréciera selon sa perception. Jean-Paul Gavard-Perret |
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