ISA SATOR PAR JP GAVARD-PERRET |
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Nolde, Cocteau, Masson, Joëlle de La Casinière et Basquiat ont créé. Tentez le mixte de ces 4 influences et vous obtenez le travail particulier, impulsif et impétueux de la jeune coloriste et dessinatrice du monde tel qu’il est dans ses chamarrures, ses beautés et tout ce que ça cache. Car il fait savoir décoder la jouvence de Sator Isa. Son alacrité est non une façade mais un moyen de faire sourdre de la beauté et de la joie un cri de détresse. Son « Strip-Tease Bolero » est l’exemple parfait d’une œuvre aussi joyeuse et érotique que sourdement désespérée. On reçoit le corps ouvert en pleine face, comme l’artiste l’a créé : « sur le vif »é et dans la violence des lumières et de l’exhibition. Mais celle ci est autant appel, projection, émotion que sourdement répulsion non de la femme mais du spectacle auquel elle est réduite. La peinture outrepasse cet état non dans le misérabilisme mais le baroque et la feinte exhibition de la monstration. Il y a dans le regard de la strip-teaseuse et son attitude « chorégraphique » un appel au regard de l’autre et non seulement à son désir. Le corps en représentation devient l’objet dérisoire et sublime non de la tentation mais de la reconnaissance et de la solidarité humaine. Beaucoup d’oeuvres de Sator Isa fonctionnent de la même façon. C’est pourquoi elles sont des appels avant que d’être des pièges à fantasmes. La vie est embrasée avec jubilation dans d’étranges alcôves, des boîtes interlopes ou en pleine rue de New York ou d’ailleurs. L’impudeur se loge jusque dans l’extravagance des couleurs acryliques violentes, explosantes ou sombres qui deviennent la métaphore d’un monde trivial, faussement libéré, érotisé à bon compte pour pervertir jusqu’à la perversion et rendre le sexe à une pornographie de pacotille. Celle de Sator Isa est beaucoup plus puissante. Elle exhibe le leurre du leurre et se joue de ce qu’elle montre ce qui est le plus sublime des tours qu’on peut lui jouer. La peinture devient une peinture réactive fondée sur une panoplie d’émotions de diverses natures au sein même d’un même tableau : envie, souffrance, passion, dégoût, richesse, pauvreté s’emmêlent sans aucun didactisme. Juste dans les fragrances des traits aussi violents que les couleurs et il n’est pas besoin de grille de lecture : il suffit de regarder – mais avec attention. L’explicite est là pour qui veut cet effort. Mais comment ne pas regarder des toiles qui nous arrachent à l’indifférence généralisée ? Nous sommes soudain obligés de prêter notre corps aux images de Sator Isa : le plaisir (comme le dégoût) n’est plus la spécificité d’un organe ou d’un corps : il envahit le volume pictural. La sensualité y circule et l’image explore en nous la capacité de la voir dans le temps où nous le regardons. Ce que l’on contemple gagne au regard de l’artiste. S’y découvre une corporalité variable. Les organes doivent leur poussée à la circulation des lignes et des couleurs. L’air est contaminé par leurs tourbillons. L’artiste le solidifie et donne à étreindre le secret des formes qu’il ne s’agit plus seulement de caresser. L’art de la représentation se métamorphose en re-présentation. La peinture met dans nos yeux une atmosphère à travers laquelle nous n'avions encore jamais regardé ou si peu. Cette atmosphère est la jeunesse du regard et sa gravité, leur perpétuel retour. Sator Isa en exposant la souillure que la société du spectacle impose nous libère de la clôture et nous ouvre à l’espace illimité. Il faut reconnaître à l’artiste la puissance de souffler cette libération spatiale et colorée dans la partie considérée comme la plus lourde et la plus fermée de nous-même : la chair exacerbée. Jean-Paul Gavard-Perret |
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