Et paradoxalement pour comprendre une telle propension et cheminement il faut repartir d’un anté-abstracteur : Cézanne lorsqu’il affirmait “ si pour boucher des blancs je mettais quelque chose au hasard je serai forcé de reprendre tout mon tableau en partant de cet endroit ”. Toute l’histoire du travail de l’artiste désormais lémanique pourrait bien être là. Chaque « touche » ou chaque approche devient un centre d’éclatement dont l’énergie spatialisante se retrouve en chacun des éclats. Chaque point d’impact est en puissance de nombreux trajets et tous participent d’un rythme particulier qui implique son propre temps. Dans l’abstraction de l’artiste (qu’on recouvre jusque dans ses installations) la nature même de l’art se transforme : durée et simultanéité n’y font qu’un dans la genèse perpétuelle de l’espace. Le passage d’un atelier à l’autre n’est donc pas anodin ou fortuit. Il coïncide souvent chez elle avec l’extase articulée d’un moment particulier. L’abstraction et l’absence du figuration humaine en ce travail sans masques ouvrent l’espace jusque dans ses jeux de verres et de miroirs. A la vue de face qu’impose la figuration, s’oppose ce qu’on nommera des « vues de profil ». L’art n’est plus là pour illustrer (fût ce“ des faits du roi ” dont parle le peintre David Shear dans “ The end is near ”), ni pour représenter des théories. L’abstraction de Catherine Bolle ne propose rien qu’elle-même renvoie à son sens et son non-sens par abrasion des apparences et multiplication des plans. Loin des dramatisations processionnelles perçues dans des contours que le regard doit parcourir habituellement et en dépit des ses « géométrisations », l’artiste suisse nous fait abandonner une ligne pour une suivante. Ou pour autre chose. Soudain nous délions notre regard de l’appris dans ce qui tient du métissage des approches et des matières. Bref, nous sortons du discursif pour l’incursif. Bien des expositions de l’artiste l’ont prouvé et le prouvent. L’artiste apprend combien l’abstraction n’est pas forcément une idéalisation et encore moins une conceptualisation. Chez elle cet « ordre » offre des épiphanies paradoxales même si le rapport à l’image ne se fait plus en vis-à-vis. Loin de la fascination par rappel ou reconnaissance se produit un élargissement de la présence. Des taches sourdes et mouvantes à l’apparente difformité sont gouvernées par des modulations précises. Elles s’élèvent ou s’abaissent par poussées et strates en divers courants de couleurs aussi sourdes qu’aérées. Elles permettent à l’espace non seulement d’affleurer mais de s’approfondir. J-P Gavard-Perret Brève présentationCatherine Bolle est une artiste plasticienne dont le travail englobe plusieurs champs : peinture, gravure, estampe, sculpture, créations verre et lumière, mise en espace, etc. Accordant une très grande attention à la collaboration entre le peintre et l'écrivain, elle a créé en 1983 Editions Traces Genève, qui lui permettent de publier et d'accompagner plastiquement certains des poètes essentiels de la modernité. Des études en chimie, un master post-doc. en arts visuels dans la sphère publique, des stages et des résidences d’artiste en Europe, aux Etats-Unis et en Asie, dessinent une artiste interdisciplinaire, ouverte au monde et aux autres cultures. Sa fascination pour les matériaux, son envie de les comprendre et de les intégrer dans son travail ont permis de créer des installations qui, pour certaines, entrent dans la structure même d’une architecture. C’est le cas notamment du verre que C. Bolle travaille en diverses déclinaisons : minéral, acrylique ou émaillé. L’artiste évalue les problèmes lors du commencement d’un projet, quelles sont les contraintes du matériau et comment elle arrive à trouver des solutions originales au niveau technique tout en préservant l’essence artistique. Vous découvrirez aussi dans son atelier, ses autres expressions artistiques, peut-être plus personnelles et intimistes car non soumises à l’économique: de grandes toiles en lin peintes, des livres d’artiste sur papier chine en lien avec la poésie, des « cartes littéraires » ou encore des photos et des vidéos qui questionnent les champs de l’art et de la société. Vous pourrez discuter avec elle du rôle qui l’habite d’une manière différente selon qu’elle soit essentiellement peintre ou qu’elle aspire à des réalisations en trois dimensions.  Bibliographie
Points perdus cardinaux, Catherine Bolle, Editions La Baconnière /Arts, 2007, ISBN 978-2-915306-22-4. Auteurs : Salah Stétié, Nicole Minder, Jean-Bernard Racine, Micheline Cosinschi, Eric Nanchen, Céline Rozenblat, Pierre Gilliot, Jacques Diezi, Alain Schorderet, Michèle Bolli, Daniel Leuwers, Silvio Corsini, Israël Eliraz Sens et Non-sens, Michel H. Favre et Ronaldo Barahona-Sotela, Editions Traces Genève, 2001. Au risque des formes vivantes, Joyceline François, Editions Traces Genève 1999. La pensée pionnière, Eva Korazija, Editions Vie Art Cité, 1999. Ombres, griffures et lumières, Reinhold Hohl, Dario Gamboni, Nicole Minder, Editions Vie Art Cité, 1990. Revue Turicum, Nr. 6, Article de Annette Schindler. Revue Trou, Nr. 9, avec un texte de Dario Gamboni, Editions de Prévôté, Moutier, 1995. Grund zum Druck, Annemarie Bucher, Editions Pro Helvetia, 1999. L’Eau crucifiée (DVD) film Isabelle Mayor, 2008, prductions recherches plastiques lausanne Sens et Non-Sens (DVD), film de Fréderic Paschoud, production :Fondation de Famille Edouard et Maurice Sandoz, 2003. Chronique d'une création (video), Matthias Thomann, Genève, 1992 Expositions récentes
« Kunst der Lithographie. Nik Hausmann und seine Künstler » Vernissage du livre et de l’exposition à la Graphische Sammlung de l’ETH (Ecole Polytechnique de Zurich) : mardi 10 mai 2011, 18h00 à la Graphische Sammlung ETH, Rämistrasse 101, 8092 Zurich « Livres et artistes à la Bibliothèque de Genève » du 10 juin au 13 août 2011 à l’Espace Ami-Lullin de la Bibliothèque de Genève. Elle présentera 20 à 30 livres d’artistes publiés entre 1910 et 2010 choisis dans ses collections
En savoir plus sur le Livre
Une nouvelle publication, exigeante, ample et originale, éditée par Benteli Verlags AG et imprimée sur les presses de l’entreprise d’arts graphiques Jean Genoud SA, voit le jour. Ce livre réunit pour la première fois les différentes facettes de l’oeuvre de l’artiste. Cette parution est l’occasion de faire partager au public l’atelier de l’artiste par l’exposition: De l’oeuvre au livre jeudi 1er septembre 2011 à 18h30 vernissage de l’exposition à l’Espace Arlaud, en présence de l’artiste et des auteurs de l’ouvrage: Ignacio Dahl Rocha, Michel Melot, Francesco Panese, Céline Rozenblat, Salah Stétié, Jean- Bernard Racine et Libero Zuppiroli. Allocutions de Francesco Panese, Till Schaap et Salah Stétié. Espace Arlaud Place de la Riponne 2 bis, 1005 Lausanne, métro M2 arrêt Riponne/M. Béjart. Renseignements:
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De l’oeuvre au livre Exposition ouverte du 2 au 25 septembre 2011, du mercredi au vendredi de 12h à 18h, samedi et dimanche, de 11h à 17h. Présence régulière de l’artiste les après-midis. Et «démonstrations» artistiques pendant la Nuit des Musées le 24 septembre 2011. Finissage: dimanche 25 septembre à 17 heures. Commissaire: Prof. Francesco Panese Avec les soutiens de: Fondation Leenaards Loterie Romande Fondation de Famille Sandoz Fabienne Mulliez A2acb, l’association des Amis de l’Atelier C. Bolle Les ateliers contigus Werkstatt als Kunstlabor Laboratori permanenti L’ouvrage paraît aux éditions Benteli, Berne, et sera en souscription à CHF 77.–, au lieu de CHF 99.–, durant l’exposition. Cette ouvrage fait l’objet d’une édition de tête qui sera exposée et mise en vente à l’exposition. Conditions sur demande auprès de l’association des amis de l’atelier:
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Plus de renseignements: www.benteli.ch Ainsi que: Affaires culturelles de l’Etat de Vaud Service de la culture de la Ville de Lausanne |