françoise ForgeritLe Président de la République française, Emmanuel Macron a inauguré en grande pompe le musée Le Louvre Abu Dhabi, conçu par un architecte français Jean Nouvel. Et au lieu de s'écrier, en bombant le torse, " la France est de retour " ou en manifestant son amertume, " que va-t-on faire là bas ? ", tournons-nous pour comprendre vers les collections de notre premier musée national depuis 1793 .
Que nous dit Le Louvre, musée d'art et d'antiquités ?
Pouvons- nous y admirer La Dame de Brassempouy, vieille de 25 000 ans ou Le cratère de Vix du 5ème siècle avant Jésus Christ?
Non, aucune œuvre d'art provenant de notre préhistoire ou histoire ancienne sur notre sol. Notre lointain passé est donné à voir dans d'autres musées, peu connus du grand public. Curieux, pour un pays où la question des racines, de l'identité, des origines fait régulièrement débat.
Pour ce même lointain passé, le Louvre s'enorgueillit du Scribe accroupi et du Palais de Sargon, de la Vénus de Milo et de la Victoire de Samothrace. Et chacun reconnaît la Joconde comme l'œuvre phare, non seulement de l'ensemble des peintures italiennes mais encore de tout le musée.
Délibérément, la France a fait le choix, grâce à l'art et pour l'art, de s'ouvrir sur le monde, d'admirer l'esthétique et la beauté des autres cultures, et bien avant que les politiques ne s'emparent de cette notion, elle a prôné, par l'intermédiaire de son musée emblématique, le dialogue des cultures. Ainsi n'est-il pas étonnant que l'étape suivante soit celle de la création d'un nouveau Louvre à Abu Dhabi, initié par Jacques Chirac, dans un esprit et dans un lieu à la croisée des routes de l'Orient, l'Occident et l'Afrique. Dans le temps long, il s'inscrit comme une évidence.
Emmanuel Macron peut exprimer, au nom du Louvre et de la France, cette même idée :
" C'est toute la fresque des civilisations qui se compose sous nos yeux ; c'est alors que la beauté devient une clé vers l'universel, un lien spécial qui se tisse en nous, parce que nous élevons l'humanité vers ce qu'elle a de meilleur. "
Par cette inauguration , le Louvre reste fidèle à lui-même et à la France de Paris à Abu Dhabi, car c'est appartenir à la même Histoire, l'histoire de l'art et l'histoire du monde.
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Françoise Forgerit portraitQuand en 1926, Brancusi expédie de nouveau des sculptures aux États-Unis où il est fort apprécié, il ne peut en imaginer les conséquences, ni l'immense retentissement sur l'histoire et le monde de l'art .
Acte 1 : un douanier inconnu à l'origine d'une drôle d'histoire
Acte 2 : l'Oiseau au cœur d'un procès hors norme : Brancusi contre les Etats-Unis
Acte 3 : le verdict , naissance et reconnaissance de l'art moderne


Acte 1 : un douanier inconnu à l'origine d'une drôle d'histoire

En application du Tariff Act de 1913 renforcé en 1922 article 1704 , article  qui prévoyait la libre importation des œuvres d'art aux Etats-Unis , Brancusi envoyait régulièrement à New-York de nombreuses sculptures en n'ayant qu'à jurer , sous la foi du serment au consulat américain de Paris, que ces œuvres étaient bien des œuvres d'art réalisées par lui-même, Brancusi artiste .
Mais en 1926 , un douanier zélé fait saisir un envoi d'une vingtaine de sculptures et somme Brancusi de payer les droits de douane à hauteur de 40% de la valeur déclarée de l'ensemble des sculptures considérées comme des objets manufacturés , donc taxés comme prévu par l'article 399 du Tariff Act .
Même si les influents amis de Brancusi obtiennent des facilités , visa de transit et taxation des œuvres uniquement vendues , Brancusi s'indigne de la non-reconnaissance de ses sculptures comme œuvres d'art , et décide de porter l'affaire devant la justice en prenant , comme pièce à conviction , la sculpture L'oiseau dans l'espace . Celle-ci avait été achetée auparavant par son ami Edward Steichen , auquel était réclamée la somme de 240 dollars par les douanes américaines pour pouvoir la conserver aux Etats-Unis .
Bien évidemment l'enjeu dépasse le cas concret de la sculpture , la défense des intérêts de Brancusi pour l'ensemble des œuvres saisies , et même le sujet de la libre circulation des œuvres d'art , pour mettre en scène, dans un temps court et en un lieu public précis, les arguments des opposants et défenseurs de l'art moderne avec obligation d'une conclusion par un jugement, bref un enjeu inédit .
Le ton en est donné dès le 1er jour du procès par le titre de l'article du New York American du 22 octobre 1927 :
" Art , it seems , is art if one thinks it is " ( " l'art , semble-t-il , est de l'art si on le considère comme tel " )

Françoise Forgerit

Brancusi l 

Brancusi l'oiseau dans l'espace 1925

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Un cycle de conférences a eu lieu en 1998 au Musée du Louvre animé par Jean Galard et Matthias Waschek du service culturel du Musée. De ces conférences est né un livre qui réunit les différentes interventions et dont le thème commun était : Qu’est-ce qu’un chef-d’œuvre ?
Il nous faut remonter au fondement même de ce concept : j’ai trouvé intéressant de poser la question à Françoise Forgerit Agrégée d’histoire et passionnée d’art contemporain qui nous ouvre les portes en créant le lien entre le passé et le présent :

« Au Moyen Age, un chef d’œuvre est un objet réalisé comme témoin du talent et des aptitudes à exercer un métier.
Avec le renouveau des villes aux alentours de l’An 1000 , les artisans se regroupent par métiers pour défendre leur savoir-faire et leurs intérêts . Ainsi  ces associations appelées corps de métiers ou corporations réglementent la production et les prix, de même qu’elles hiérarchisent les membres d’un même métier entre maîtres, propriétaires de l’atelier, compagnons, salariés du maître, et apprentis, logés et nourris par le maître.

Les meilleurs compagnons disposant de quelques moyens financiers et désirant devenir maîtres réalisent un chef d’œuvre soumis au jury de leur corporation. La réussite du chef d’œuvre est la preuve de la qualité du compagnon et permet à celui-ci de passer du statut de compagnon à celui de maître par cooptation. Le compagnon est libre de choisir le type de chef d’œuvre qu’il veut proposer. Par exemple, dans le cadre de la corporation des ébénistes, le chef d’œuvre peut consister en une commode, un secrétaire ou une bergère de la taille d’un meuble de poupée, mais présentant toutes les difficultés et complexités d’exécution d’un meuble d’appartement.
A la fin du Moyen Âge, les chefs-d’œuvre deviennent, par leur coût, le fait des fils de maître. Ainsi, les corporations se ferment sous l’Ancien Régime. Elles sont finalement abolies en 1791 avec la Révolution française au nom de la liberté d’entreprendre. »
Francoise Forgerit

Michel PATRIX huile sur toile 100 x 81 cm de 1954 Ancienne Collection Emmanuel David - Collection Patrick Reynolds

Michel PATRIX de 1954 huile sur toile 100 x 81 cm
Ancienne Collection Emmanuel David
Collection Patrick Reynolds

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Les pieds nous emmènent, l'œil se promène . Nous flânons, dans les rues, sur les quais, dans les musées et les galeries. Tout est agréable, paisible, serein.
En un instant, le décor change, le pas s'arrête, l'œil se fixe, un sentiment de plaisir s'empare de nous : c'est l'étincelle de l'émotion face à une œuvre d'art. Impossible de partir. Mais lorsqu'arrive ce moment, elle ne nous quitte pas, elle reste à hanter notre esprit. L'art n'est qu' une émotion, mais une émotion si tenace qu' elle nous incite à posséder l'œuvre, à l' installer chez soi pour ne pas être privé de la voir.
Cette émotion est personnelle, inexplicable, indifférente à la valeur de l' œuvre, en dehors des codes que la société, voire la bonne société, voudrait nous imposer.
Sinon comment expliquer qu'un tout petit bébé d' un an, n' arrête à chaque fois ses pleurs que devant une lithographie de fond noir de Kandinsky, qui n' a rien d' infantile. Son niveau de vision ne lui permet pas de la voir telle que nous la voyons, mais voilà, le bébé est de nouveau bien, l'émotion est là, unique.

Françoise Forgerit

Carlos Arriagada série vagabondages N°23

Photo de Carlos Arriagada de la série Vagabondages

Carlos Arriagada a exposé au Musée Diego Rivera au Mexique et au Musée d'Art Contemporain de Santiago au Chili

Voir le site de Carlos Arriagada

Portrait de Françoise Forgerit

 

De nombreux lecteurs nous ont fait part de leur connivence avec le dernier article " l'art émotion", car eux-mêmes avaient déjà ressenti cette émotion quand leur regard avait été attiré inconsciemment par une œuvre dont ils ne pouvaient se détacher.
Pourquoi ? Tout simplement parce que l'œuvre nous " parle " , nous incite à réfléchir sur nous-mêmes, le monde qui nous entoure, le passé d'où nous venons. Après le temps du regard émotion, vient celui du regard humaniste.
D'aucuns nous répondront : " l'œuvre d'art est une marchandise comme les autres, elle a un prix dans un marché libre et mondialisé, et les amateurs d'art ne sont que des spéculateurs". C'est vrai pour certains, ne le cachons pas, et laissons-les spéculer au risque de tout perdre, et l'émotion, et le regard, et l'argent.
Mais n'oublions pas que le bonheur du vrai collectionneur consiste à découvrir des créateurs qui ont un autre regard, à dénicher de nouvelles œuvres qui font parfois scandale, en cassant les codes établis par la recherche de nouvelles voies. Ce fut vrai fin XIXème début XXème dans le monde occidental comprenant la Russie, par la rupture avec l'art issu de la Renaissance. C'est vrai aujourd'hui avec les " regards neufs " ( Le monde 3/12/2016 ) du monde chinois ou des Caraïbes par le dépassement de l'art occidental .
En fait, à chaque fois, c'est un autre regard , une autre conception de l'humanité. C'est notre histoire et c'est l'histoire de l'art.

Françoise Forgerit
Agrégée d’Histoire

Ma Qun 2016 acrylique sur toile l164x114 cm

Ma Qun 2016 acrylique sur toile
164 x 114 cm