PETER WUTHRICH ET LES LIVRES THE BIGGEST PLASH |
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Peter Wüthrich crée entre autres techniques et stratégies de l’art avec des livres. L’artiste suisse n’a cessé d’envisager les permutations possibles de ces objets en tant que supports afin d’en proposer de nouvelles manières de les « lire ». Car il existe en effet diverses manières de lire dans leurs pensées et de percer leur imaginaire. Le seul déchiffrement des signes qui s’y inscrivent selon diverses polices reste une approche médiocre. La plus médiocre qui soit… Pour ses métamorphoses l’artiste choisit des métaphores avec soin. Pas celles qui cicatrisent mais celles qui ouvrent. Le livre est soudain détourné, découpé, dépecé, démonté. Il prend l’allure d’un chien promené par son maître, d’un lit à draps ouverts ou encore d’une boîte de conserve. Les mots sont disséqués avec une liberté heureuse ou une légèreté ludique. Ils deviennent les briques d’une maison ou mur qui n’est plus que l’onomatopée « Splash ! ». De ces « mets à morphoses » surgit un Imaginaire autant de destruction que de reconstruction. Le mot devient matière et le livre trame. Installations, vidéos et photos deviennent les moyens afin de monter différents niveaux de lecture et de conceptualité. Au lecteur spectateur transposé par force et douceur l’artiste apporte un supplément de conceptualisation fondé sur divers jeux d'associations. Elles sont basées parfois sur des surfaces monochromes ou à deux couleurs. Ces agencements minimalistes sont élaborés afin de mettre à mal la prétendue complexité de notre érudition. Face aux conceptions surannées de la bibliothèque selon Umberto Ecco - celle où l’on entre pour en sortir héros - ou selon Borges - celle dont on ne sort pas puisque tout y est - Peter Wüthrich invente la fausse bibliothèque. Celle qui demeure impénétrable, qui résiste aux incendies d’Alexandrie et qui , face au fétichisme de la connaissance livresque , met le feu aux signes ou les fait s’envoler. Par les caractéristiques externes de l'objet livre et sa plasticité l’imaginaire soudain est à l’œuvre dans l’œuvre L'apparence n’est plus écorce, enveloppe, carapace. Elle devient catapulte au sein d’un jeu de rôle complexe. On ne sait plus qui est quoi, quoi et qui. Le livre d’abri de l’être devient auberge espagnole et à la belle étoile. Entre le lecteur et le livre se rejoue radicalement le vieux rapport mécaniste qui rejoignait, au moins jusqu’à l’Internet, les deux. Plus de métaphysique par la physique des signes imprimés. L’esprit ni traverse ni habite l’être : un élan détourne le sens par les sens. Le livre interpelle de sa déité. Il devient démon. Il fonctionne autrement. Parmi ses nouvelles étendues il offre un nouveau type de plongeon : le « Biggest splash » bien plus puissant que le « Bigger Splash » de David Hockney. L’attribut « naturel » du livre ne fonctionne plus « naturellement » . Il devient la représentation de sa représentation. Il n’est plus objet mais devient sujet. Son organisme a cédé place à son illusion si bien que son mensonge inédit est capable de dire la vérité. Nous ne possédons plus le livre. Il nous possède. Nous ne gardons qu’une ombre. Elle est lumière. Nous avançons contradictoirement vers un désir lui-même contradictoire : désir de voir et de savoir. Le livre-désir tire plus vers nous que hors de lui, hors de nous. Les idées en tant que contenus meurent. Leur ciel se vide. A nous la liberté. A nous d’autres cieux. D’autres idées naissent par la plasticité. A la magie des mots fait place d’autres prestidigitations. N’existe plus d’un côté l’esprit ou l’âme et de l’autre côté les rouages des signes et des mots. Face à l’ascèse Wüthrich propose la souplesse. Une parure d’air plus qu’une mentalisation. Tout ce qui devient langage change de registre. La vue se dénude. Elle est porteuse de significations plus fortes que n’en pouvait faire surgir le trop simple mot à mot. Silence tout à coup. Et double jeu. Le livre est sans alibi. Il n ‘y aura que des images. Jean-Paul Gavard-Perret . |
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