LAURENT PERBOS VALERIE LAMBERT GALLERY |
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« Notre première impression, dans une exposition de Laurent Perbos, est celle d’un plaisir esthétique certain. Depuis ses premières pièces, le plasticien ne déroge pas au traitement de la forme — qui ne prévaut cependant pas sur le propos de ses sculptures — et de la matière comme une fin en soi, une finalité plastique. Caractérisées par une harmonie des proportions, un souci des qualités plastiques intrinsèques aux matières qu’il utilise et une charte de couleur pop acidulée rappelant celle utilisée par l’industrie du jouet, ses œuvres s’inscrivent dans la pure tradition de l’assemblage, largement utilisée par les nouveaux réalistes. Cette démarche artistique « qui ne boude pas son plaisir » assume son côté esthétisant parce qu’elle ne se limite pas à cela. Et quand bien même ses sculptures ne raconteraient rien d’autre, le plaisir esthétique serait déjà une expérience suffisante, car il est autant une expérience de l’art qu’une expérience de soi-même... Mais le recours à l’assemblage préconise l’utilisation d’objets existants pour rendre la réalité de leur temps. L’artiste opère ainsi un curieux mélange entre le réel et le merveilleux, entre les objets du quotidien et les références au mythe, à la fable. Héritier du ready-made, Laurent Perbos utilise l’objet comme un élément de composition de base, une sorte de vocabulaire plastique pour lui imposer une nouvelle finalité. Ainsi, ce n’est pas seulement la forme qui se retrouve au service d’autre chose, mais la place que l’objet occupait dans l’inconscient collectif populaire.
Dans les expositions de Laurent Perbos, on évolue dans un monde imaginaire, dans lequel les objets prennent vie grâce au contre-emploi que l’artiste leur inflige. Un monde dans lequel les choses ont subi une métamorphose autant formelle que philosophique. L’artiste joue avec la nature purement conventionnelle du lien entre le signe et le sens et interroge les rapports que nos idées entretiennent avec les images.Laurent Perbos utilise des procédés littéraires ou poétiques, comme l’oxymore, la métaphore et crée des images ambivalentes aussi bien mentales que visuelles, dans un but certain, que le récit s’impose sur l’image ».*
Pour cette première exposition Laurent Perbos nous propose une nouvelle série de sculpture murales, qui manie allégrement aussi bien certains accessoires issus de l’univers du cyclisme que des références aux peintures abstraites de l’artiste Piet Mondrian. *Extrait de « La traversée des apparences», texte de Céline Ghisleri pour l’exposition de Laurent Perbos «Tout l’Univers» au Centre Intercommunal d’Art Contemporain d‘Istres, 2010. For further information do not hesitate to contact the gallery by email: Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir
Célèbre pour son ballon le plus long du monde Laurent Perbos pourrait facilement passer pour ce qu’il n’est pas : un plaisantin de l’art qui déclinerait à sa façon une énième version des détournements à la Duchamp. En fait il a plus d’un détour dans son sac. Et même si la fonction ludique n’est jamais absente de ses œuvres son travail garde un véritable enjeu. En guise d’introduction à son œuvre, à son fameux ballon on préférera sans hésiter son « Martyr ». Un assemblage d’une dizaine de briques à six trous est fabriqué en acier. L’ensemble se prolonge d’une colonne d' éléments identiques . La « brique» la plus haute est transpercée de flèches. Et voici soudain l’allégorie de Saint Sébastien revisitée avec une force aussi inattendue que paradoxale. L’œuvre accroche, s’impose et mange tout ce qui l’entoure. Mais le classique élément de construction (bloc de béton ou de brique) subit d'autres métamorphoses que l'acier. On le retrouve en plastique orange, bois, polystyrène, en granulés de caoutchouc bleu Klein. Soudain l’objet échappe à sa fonction : il se réduit ou s’exhausse en sa seule matière. Plus que l’insolite pour l’insolite une transfiguration s'opère. Pour certains elle peut être considérée comme une ironisation de notre société marchande. On ne peut toutefois réduire l’œuvre à ce seul aspect. L’œuvre n’a rien à voir avec les « Balloons » de Jeff Koons. L’approche de Laurent Perbos - même s’il partage quelques parentés « pop » avec l’artiste américain - est beaucoup moins décorative. Elle s’arrime toujours à un sens plus profond. Au centre d'une problématique des formes et de la matière, l’artiste explore les potentialités poétiques des objets usuels.
Harmonie des proportions, qualités plastiques intrinsèques aux matières utilisées, palette de couleurs pop acidulée qui rappellent les chartes chromatiques de l’industrie du jouet président à la création d’œuvres qui s’inscrivent dans la tradition de l’assemblage utilisée par les nouveaux réalistes autant que dans celui d’un certain concept art hérité de Duchamp. Cette démarche de pure dépense assume son côté esthétisant en démontant tout effet de contextualisation pour faire entrer dans une mythologie déplacée. Perbos est donc un héritier intelligent et novateur du ready-made. Si l’objet est traité comme un élément de base, il est recomposé selon une forme iconoplastique pour un nouveau récit.Non seulement les ballons et les parpaings déjà cités mais aussi des roues de bicyclette, des bonbons, des tables de ping-pong et , à une échelle plus grande , les terrains de tennis deviennent des sculptures centrales, murales ou de surface.. Elles mettent à distance la valeur d’usage par hybridation. On peut ou plutôt on doit sourire même si le projet est grave et sérieux. L’univers habituel se dissout sous nos yeux ahuris. A la contrainte sociale et sportive répond une autre contrainte aussi ludique qu’impossible à satisfaire. Haro sur les stigmates plus ou moins symboliques et culturels. La chose recréée par Laurent Perbos représente un travail psychique fruit d'un double mouvement : celui de la mémoire, celui de l'imagination. Plus qu'une chose d'ailleurs, nous découvrons un événement. Et la pratique de l'artiste peut alors se définir de la manière suivante : cela existe mais dans un monde étranger. Jean-Paul Gavard-Perret
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