Dans les toiles la femme solitaire et dont la fixité fascine devient langage mais pas forcément fantasme. Sous l'apparence de la jeunesse transparaissent souvent les stigmates d'une vieillesse annoncée. Dans la manière d'être immobile la femme est toutefois irradiante, signifiante et énigmatique. Irradiante par toutes les forces contradictoires qu'elle retient. Signifiante parce qu'elle fait l'éloquence du peintre presque inépuisable. Enigmatique parce qu'elle s'impose dans une nature impénétrable et que le langage lui-même de l'artiste ne peut percer. Reste chez les femmes d'Alyzarine des fringales d’enfance. La nudité est souvent âpre même s'il n'y a rien à redire quant à leur plastique. Mais le silence dans lequel les créatures féminines semblent acculer devient l'indice de nos propres errances. C'est pourquoi l'artiste est fasciné par son sujet. Celui-ci reste pour elle un mystère lourd peut-être d'accomplissements à naître même sur le versant noir de la vie. Chacune de ses toiles devient une fable : quelque chose qui tient le coup alors que nos histoires d'amour ne seront jamais rien d'autre que des écarts (mais pas forcément de conduite). La nudité féminine n'est donc jamais dépressive mais triomphante. N'est-ce pas là pour l'artiste le moyen de faire son propre portrait par procuration? La peinture devient la métaphore de l'artiste à travers sa propre fulguration créatrice. Elle implique un degré important de recueillement, de violence mais aussi d'abandon. S'abstenant de toute pensée discursive, la créatrice pense par images dont la solennité de l'éphémère n'est pas absente. Aux aspects riants se substitue une gravité dotée d'une force étrange. Les temps se mélangent. Contrairement à ce qui se passe souvent ce n'est plus le passé qui est remémoré mais le futur. Il s'annonce, il se montre. Voir le présent revient à percevoir le "perdre voir" qu'entraîne le voyage de l'existence. Le présent semble donc se dissoudre mais il est portée à un point où les formes pourront renaître encore. Alyzarine pousse plus loin le risque au centre de l'Imaginaire. Son théâtre de la nudité n'a plus besoin de rideau. Surgit une forme de reconfiguration du pouvoir de représentation. Mais l'artiste sait que chaque fois qu'on veut faire exprimer à la peinture autre chose que des lignes et des couleurs ont ne fait qu'annuler la force des images. Avec Alyzarine apparaît une lumière inconnue sur et du corps. : celle de l'approche d'un invariant l'être. L'artiste sait que contrairement à l'art la réalité s'effrite et tombe en cendres, l'art peut donc la sauver. Jean-Paul Gavard-Perret
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