30-05-2012

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NATASHA KRENBOL

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DU DERISOIRE A LA GRAVITE : NATASHA KRENBOL

Natasha Krenbol, "Esprits Animaux », Orangerie, Domaine du Château, 26760 Montéléger, du 2 au 24  Juillet 2011.

Les créatures de Natasha Krenbol semblent détachées du monde : graffitées et maculées elles traversent les cultures pour retourner à une sorte de force première, primitive qui évite à l’art de tourner bien huilé sur ses gonds. Silhouettes d’hommes et d’animaux entrent dans un étrange ballet faussement sommaire. Par la convergence, la mixité du bestial et de l’humain l’artiste devient la plus étrange des derviches « tourneuses » . Ses figures tutélaires se confrontent à la trace brûlante d’un  graphisme iconoclaste.

 

 
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 Natasha Krenbol Crépuscule acrylique sur papier 42 x 30.5 cm

Vénéneuse (l’inverse d’une venimeuse) Natasha Krenbol pardonne aux dieux parce qu’ils ont été inventé par le narcissisme des hommes (et ce n’est pas là le moindre de leurs péchés) : et c’est bien celui-ci qu’elle met en charpie. Elle n’a pas besoin de blasphémer (sinon de manière très subtile) ni de caresser la gaudriole. Ses œuvres zébrées disent tout. Déboulonnant le sacré elle lui donne par son langage une assise plus authentique et charnelle. Et ce de manière abrupte en rejetant tout ce qui se pique d'ésotérisme culturel. C'est déjà un bon moyen de montrer les tyrannies perverses de croyances artistiques.
 
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 Natasha Krenbol Les personnes de la personne sont multiples dans la personne acrylique sur toile 40 x 50 cm

Créer reste pour elle une fabrique. Elle n’exclut pas une forme de rationalité particulière. Au chiffrage initiatique elle préfère un langage qui fend la raison et se rapproche d’une sorte de magie qui dépasse la religion dans sa logique. Si elle transcende «le bas ce n’est pas pour l’envoyer vers d’improbables cieux. Tpoutefois Natasha Krenbol ne cherche ni à prouver ni à démontrer (ce qui ferait la part belle à tous les penseurs ou branleurs de concepts et de "mystères"). Elle sait que trop de plasticiens ne forgent qu'une métaphysique de vaisselle dont ils n'astiquent que les cuivres.
 
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 Natasha Krenbol Merveilleux Pigments sur toile 43 x 43 cm

En effet les réelles chimies et alchimies de l’art répondent à d'autres critères Et une telle oeuvre revient non à créer pour détruire mais détruire pour créer. Fruits tangibles de l’expérience de la chair et de son souffle carné, les silhouettes graffitées ouvrent le vivant à une autre densité et prouvent que l’art doit rester l’Initiation terrestre face aux ignominiques faux-semblants qui maculent par dégradation le vrai sens du réel. S’il fut un temps où les stylistes - ces anachorètes ayant fait voeu de passer leur vie et méditer au sommet d'une colonne - semblaient semer les images arrivées du ciel mais pour n'ensemencer qu'un désert, l’artiste à l’inverse les fait surgir du « growl » des terres arides.

Pour autant son approche n’appartient pas à un art pauvre. Ou alors il faut entendre par l’adjectif « pauvre » une conscience aiguë de l’art redevenu incision première. Son objet est une empreinte. Elle n’essaye pas de représenter le monde sous forme de vestige mais en un état naissant afin de produire une connaissance aussi intime que distanciée par rapport aux définitions habituelles de la représentation.

Natasha Krenbol crée donc une étonnante force d’imprégnation et de déstabilisation des images. Sa poésie devient peau, peau limite, poche, diversion, immersion, immixtion, capables de donner au monde de nouveaux tatouages. Grâce à lui se dévore le jour qui nous dévore et nous crache de l’autre côté du monde. En contemplant une telle œuvre il faut penser les images non en termes de développement photographique mais de développement algébrique. L’artiste met au jour une série d’équations nouvelles les différents termes qu’elles renferment. On peut aussi parler de développement géométrique. Celui-ci permet de visualiser des surfaces et des rapports inconnu de la réalité et de son opacité sous l’effet d’une dérision qui vient tout ébranler.

Jean-Paul Gavard-Perret

 
 

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