30-05-2012

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GILDA RICHET HOMMAGE A AURELIE NEMOURS 1910 2005

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Gilda Richet a travaillé au cours de ses recherches, sur des poèmes de Aurélie Nemours, elle nous livre ce texte qui permet de mieux connaitre le concept et la philosophie de ses créations.

"Paradis terrestre"
 
Si le moineau les trouve assez immobiles
Il vient se poser sur une tête
Les cailloux dans les rêves sont piquants et tranchants

 

Mais dans la vie ils sont assez doux
Quant aux chaises ce sont des îles
Et les bancs des passerelles qui appellent
Ils ne mènent pas forcément quelque part
Mais dans le vertige des rues qu'espérer
Un silence d'été
Le ballon rond sur l'herbe est un péché
 
Rafale de pigeons qui tremblent les balcons
Toi cheminée
 
Mais quand j'approche se taisent les commères
Les impasses me plaisent
Et les kiosques timbrés d'alouettes
Une corbeille de tulipes jaunes sur un mur violet
Egale le printemps sur la ville
Et l'orage arrive en fuite humaine
Les heures barbares les heures qui éclatent
Ou bien les heures chauves
La vie lente est une braise soufflez soufflez
Un fantoche dans le coeur sert de fleur
 
Aurélie Nemours

Il y a de cela un an ou deux, dans mon atelier de peinture, j’écoutais la radio « France Culture »,
c’était une émission littéraire. Un journaliste parlait d’Aurélie Nemours. Il s’agissait d’un petit
recueil de poèmes écrit par elle qui s’intitulait « midi la lune ».
D’emblée « midi la lune » sonnait bien à mes oreilles. Je trouvais cela tout simplement « beau ».
L’esthétique du « beau » est souvent contestée en art. Néanmoins, nous y sommes tous plus ou
moins sensibles et il y a dans ce « beau » une relation à ce qui est universel voire unanime.
Dans un deuxième temps, je me devais d’expliquer ce « beau ».
Aurélie Nemours joue avec les paradoxes et nous place dans des contextes contrastés peu habituels.
Ainsi en trois mots : « midi » (jour) « la lune » (nuit) Aurélie Nemours, en quelques secondes,
nous transporte d’une situation à une autre … Les mots agencés ainsi deviennent pure caresse…
Rien ne nous est imposé…
Ce choc des mots contraires et conciliables à la fois provoque chez moi l’image, des images qui
donnent un goût de liberté, l’accès aux grands espaces, le tout possible. Cette beauté, c’est la
Magie des mots.
Après cette « mise en bouche », je me suis procurée ce livret de trente sept poèmes… tous construits
dans la même veine. Je les ai lus et relus pour être complètement imprégnée d’images. Ils m’ont
donné l’impression de mieux connaître cette femme.
J’aime à penser qu’elle a exprimé son intellectualité dans sa peinture très épurée et sa sensibilité
féminine dans sa poésie… une poésie très imagée.
Techniquement :
Aurélie Nemours adopte la poésie pour nous entraîner dans son univers et nous parle des réalités du
monde… toujours avec une extrême douceur.
C’est pourquoi j’ai choisi de la peindre dans l’esprit du camaïeu (éclaircir avec du blanc) ce qui
donne un aspect pastel et néanmoins soutenu pour concrétiser l’affirmation de la pensée tout en lui
donnant un certain velouté.
Dans certaines zones j’ai utilisé le mélange des couleurs complémentaires pour accentuer,
souligner, contraster.
Le dessin est aussi à l’image de son écriture c’est-à-dire très imagé… souvent entre ciel et terre …
sans limite… Ainsi, j’ai utilisé le choc des mots au premier degré (reflet d’images à la première
lecture) pour mieux appréhender sa compréhension au deuxième degré.
J’ai été touchée par son écriture, sa profonde sensibilité et j’espère, par ma peinture, être proche de sa
pensée… C’est mon interprétation bien entendu… que je vous délivrerai au fur et à mesure.
Gilda Richet
Le 27 mars 2011

Tableau n° 1 : « CE VILLAGE D’AVANT LA NEIGE »
Aurélie Nemours nous indique la fragilité et la force de la matière.
Nous assistons à la naissance de la forme humaine. Puis elle place les éléments naturels : la
légèreté des choses (plume), la chaleur (aube), le cristal (volume, transparence et solidité), l’eau
(liquide et horizontalité des choses). Le dernier paragraphe précise la non maîtrise des éléments par
l’homme.
Elle nous replace ainsi dans les quatre éléments où tout s’imbrique(terre, eau, air et feu).

Tableau n° 2 : « LE MAGICIEN »
C’est comme un constat sur la vie. Une observation entre ce que nous désirons et ce qui arrive.
Dans le premier paragraphe elle parle des insectes. Il s’agit des évènements de la vie liés aux
hommes bien entendu. Puis elle parle d’espoirs qui ne sont pas ceux qu’elle avait pensé. Ensuite
vient la rencontre des hommes qui semblent être toujours en quête d’un idéal féminin (clé). La
fin : Aurélie Nemours dérobe (un jeu de clés) pour avoir toutes les chances de trouver son idéal
amoureux.

Tableau n° 3 : « ANTILOPE »
Rétrospective d’une vie… un regard sur le temps.
Les quatre premières lignes évoquent l’enfance, la jeunesse, l’insouciance, le jeu. Les suivantes
peignent la jeune femme belle, attirante, joyeuse, consciente de ses capacités, de son corps et de son
grand élan de vie. Puis, humblement, elle se soumet à la règle de l’univers et formule une sorte
d’adieu à ces (et ses) belles années.

Tableau n° 4 « GRAINS DE RIZ »
Un joyeux délire ! Cultiver la joie quelque soit les évènements… positivisme ou fatalisme ?
D’une situation qui peut s’avérer catastrophique, il faut la convertir en une solution joyeuse. C’est
le message du premier paragraphe. Pour le second, d’un évènement agréable, entrons dans la danse
et apprécions sans en laisser une miette. Et pour la fin, donc pour l’avenir… laissons les choses
arriver d’elles même.

Tableau n° 5 : « CAPTIVE »
La nature est notre mémoire et nous sommes intimement liés à son cycle.
Les quatre premières lignes expriment la disparition de ceux qu’on aime. Le corps s’en va mais
l’amour reste. Les quatre suivantes évoquent la nostalgie et on questionne les « géants bleus », ces
arbres qui ont vu plusieurs générations d’hommes et qui, de par ce fait, deviennent notre mémoire.
Nous grandissons avec eux. Nous sommes des fleurs. Mais ils finissent par mourir eux aussi d’où
cette perpétuelle interrogation sur l’avenir. Une éclipse de terre, on disparait puis juillet arrive, il y a
renaissance…

Tableau n° 6 : « MIDI LA LUNE »
Il n’est pas facile d’être soi… construction, déconstruction et reconstruction.
« Que nous baille philosophe, le roc est pensée, l’arbre vole » c’est la construction de l’individu.
Puis « midi la lune » : il est temps !
Ensuite, elle incite à se bouger, ne pas craindre le regard de l’autre.
Enfin elle encourage à oser être soi, à laisser de côté tout ce qui encombre pour réaliser ce qui nous
semble essentiel dans l’existence.

Tableau n° 7 : « GOUTTE A GOUTTE Ô MON POETE »
Avance, tombe et relève-toi
C’est dans un rythme effréné qu’Aurélie Nemours incite à l’action… être courageux… avec réflexion
pour ne pas être imbécile.

Tableau n° 8 : « PARADIS TERRESTRE »
Ici, Aurélie Nemours nous donne l’image de notre monde tel qu’il est avec ses bons et moins bons
côtés.
La première partie décrit la douceur de vivre, le plaisir de se laisser aller au fil des choses et dans la
seconde c’est comme un assombrissement, celui de l’orage. Ainsi rien n’est blanc ou noir dans la
vie. Le printemps est là comme un aparté entre chaud et froid.
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