ALEXIA TURLIN : " CHAMBRES AVEC VUES" |
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Alexia Turlin, « Mise au carreau », Galerie Mikshake Agency, 24 rue Montbrillant, Genève. Du 23 mars au 31 mai 2011. Alexia Turlin se sent un peu « dans l'art et dans la vie comme cette femme qui n'a de cesse de monter et descendre des montagnes et tenter d'accéder à une ville inconnue et interdite! ». Proche d’artistes de divers domaines tels que Daniel Spoerri, Rikrit Tiravanija, Pipilotti Rist, Bjork, Apichatpong Weerasethakul, Philippe Parreno, Dominique Gonzales-Foerster, Michel Gondry, James Turrell, cette touche-à-tout va du dessin à l'installation en passant par la peinture murale, la photographie, la vidéo, la sculpture, l'imprimé, au mobilier ou encore l'aménagement urbain. Reprenant la phrase de Beuys "nous sommes des oeuvres inachevées », sa particularité réside dans son parcours très éclaté à travers les médiums. Sa démarche se centre sur le rapport à l'autre et à sa rencontre. Elle vit et travaille à Genève où elle anime un atelier avec d'autres artistes au sein de la Milshake Agency qui fonctionne aussi comme une agence artistique. Elle s’oppose dons totalement aux artistes qui opèrent "le dos au monde" (selon lormule d’Agnès Martin). Par exemple, en 2005, l’artiste s’est retrouvée en résidence au Centre hospitalier intercommunal d'Annemasse-Bonneville dans le cadre du programme national « Culturee & Hôpital » où elle a travaillé sur un projet artistique autour de la gestion des risques à l'hôpital. En 2008, son œuvre a été présentée à l'exposition 'Touristt » à la Fondation Ricard à Paris. Pour son projet « Plates-formes », elle prit possession d’un banal hall d'entrée en l'aménageant de telle manière que ce lieu normalement dévolu au passage se transforme en espace accueillant et riche d’informations imprévues. A ce titre son meilleur atelier est autant son corps que son atelier à Genève ou le in situ des diverses invitations proposées pour sa collaboration. L’artiste a tout compris des enjeux présents de l’art. Après avoir travaillé dans le "duratif" qu'elle se concentre sur ce qui tient du forcément inachevé étant donné les structures de ses travaux. Les situations dans son œuvre jouent autant que les formes et les espaces sans pour autant structurer le simple but de la représentation. Elle demande une participation active de ceux qui sont conviés à se situer non seulement devant mais parfois au sein même de ses propositions. Photographies, peintures, installations ou actions deviennent autant des formes propres à suggérer des visions paradoxales. Elles jouent à fond dans des exercices qui ne se limitent ni à la compétence d'un « style » ni pour autant à un actionnisme polémique. L’artiste s'exclut de la manipulation, de la séduction, de la provocation, bref de tout ce qui engendre du factice, du factuel, de l'évènementiel sous lesquels l’art croule aujourd'hui dans bons nombres d’aventures qui ne sont que du tourisme. Ses « mises au carré » emportent loin du conformisme. Pas de parcours narratif cependant. Surgit une redistribution des rôles dévolus à chacun. Alexia Turlin joue sur un "contingencement" (Didi-Huberman) qui s’éloigne du pragmatisme comme d'un pur état d'âme. C'est pourquoi ses oeuvres sont autant d’anti-objets mais non des anti-œuvres d’art. Elles offrent un état de transformation. En surgit l’exclusion de la paraphrase : tout est "à l'image" en une suite d'anaphores qui sortent de la clôture habituelle où nous croupissons. Il faut donc s’en remettre aux gestes d’Alexia Turlin. Des gestes qu’elle ne cesse d’élargir avec une joie troglodyte synonyme d'un souffle qui remplit tous les espaces qu’elle investit. L’artiste les occupe afin d’en extraire le « froid » pour atteindre un sens cérémoniel mais sans ambages. L’œuvre garde comme origine que son mouvement vital. Elle fait lever un monde dans le mental par l’émotion travaillée, sertie, développée. Celle-ci possède la puissance de recourber le néant en créant des seuils franchissables vers ce que l’on peut appeler une forme d’espoir au sein des abîmes creusés en différents types d’images et leur mise en scène. Le tout non sans humour. J-P Gavard-Perret. |



