Texte de conférence de LOLOCHKA du 27 mai 2010 Bonjour Solendi
1/ Art et entreprises : du jardin secret à l’espace public La peinture est pour moi, une forme d’ascèse. Je vis pour peindre et je peins pour disparaître, m’accomplir en m’effaçant pour faire place à un monde qui m’habite et trouver le point de synergie de l’ espace intérieur et extérieur. Je cherche sans cesse ces moments de fusion, moments de grâce où quelque chose apparaît sur la toile qui restitue le monde dans sa complexité et fait du tableau une fenêtre qui permet de méditer sur la condition humaine et de renouveler un état de grâce...Cette “fenêtre” une fois posée dans un espace public ne m’appartient plus; elle appartient à ceux qui la regardent et y voient dès lors ce qu’ils veulent. J’ai commencé par aimer regarder de nombreux tableaux a fait naître en moi une passion qui commence par celle du regard. Le plaisir que j’ai éprouvé à regarder des toiles avec lesquelles une relation magique s’instaurait a été crucial. Je n’étais jamais seule devant le tableau que je choisissais de regarder. Retrouver en lui mes interrogations, mes peines, me procurait un immense soulagement. Une fenêtre ouverte sur un monde mental, sentimental, AUTRE, comme si un autre me livrait d’emblée l’intimité de son âme... Il y a une intimité merveilleuse dans la méditation avec un tableau, quelque chose de public et d’intime à la fois. Quelque chose d’universel et de personnel agit en même temps dans un même tableau : le tableau est là et vous pouvez y voir ce que vous voulez et vous y voyez ce que vous pouvez et vous vous y voyez vous même et vos propres pensées...C’est ce qui m’a donné envie de peindre, offrir à mon tour un support pour l’envol des sombres pensées! C’est aussi la raison pour laquelle, après avoir pratiqué une peinture sombre, “exorciste”, j’ai d’adopté une écriture picturale plus claire, intelligible, dans la mesure du possible positive... Ma vie aura été comme la plupart des vies une succession de rôles -comme autant de costumes plus ou moins seyant-. J’ai eu du mal et mis du temps pour l’ aimer vraiment et, -la pratique de la peinture -comme dans le portrait de Dorian Gray, miroir de l’âme et d’une âme qui se transforme- aura été aussi un outil pour me transformer.et apprendre à vivre Par la pratique de la peinture - fenêtre ouverte sur le monde intérieur- reflet des émotions, méditation sur l’écho du réel, j’ai rencontré des êtres et des groupes humains regroupés en sociétés qui demeurent des sujets. Travailler pour des entreprises, c’est encore pour moi travailler sur et pour le sujet. 2/ Je suis née dans la maison d’un poète emplie de livres et de tableaux et c’est ainsi que le monde m’est apparu en même temps que toutes ces magnifiques et pathétiques tentatives pour le comprendre- pour le dire- pour se réconcilier avec soi... L’imaginaire a été pour moi tout de suite très important. Avant même de savoir écrire, je dictai à ma grand-mère des lettres à une amie que je m’étais inventée (et je l’obligeai à les poster!) J’ai toujours dessiné, écris, c’est pour moi aussi important que de respirer. J’écris et dessine dans une interrogation constante. Je ne sais pas où je vais et c’est la curiosité de voir où cela va me conduire qui me pousse à entreprendre un ouvrage. Voilà pour le jardin secret... L’espace public c’est le lieu de reconnaissance du sujet. Si je sors dans la rue avec mes tableaux, je risque fort de rejoindre la cohorte des SDF invisibles et renvoyés inhumainement à leur seul espace intérieur! L’isolement pour tout être humain est redoutable et l’artiste qui mise sur sa subjectivité pour toucher les autres , s’il ne les touche pas est mort. L’espace public ouvert est un espace réceptif. Faute de public, le clown est triste et on ne peut prêcher sans cesse dans le désert ( il faut bien en sortir, même si c’est pour être crucifié!)...Pouvoir intervenir dans un espace public c’est exister .
3/ En principe, je travaille de mémoire,ce tableau, peint en 2009 est un souvenir d’enfance. : Le poète René Arcos m’avait appris à faire la révérence pour obtenir des bonbons. En arrière plan, lisible sur le tableau, cette phrase écrite de sa main sur un vase : “car nous saurons toujours au plus profond de l’ombre, inventer la clarté”. “ courte apparition du soleil sous la lune”, tableau peint à Venise quand j’étudiais à l’Académie des Beaux arts et l’un des premiers tableaux que je vendis aux enchères lors de la première vente Art Cloche organisée par Garig Basmadgian sous le marteau de M° Pierre Cornette de St Cyr, ce tableau fut acheté par un collectionneur qui me parla de sa ressemblance avec le travail d’un peintre-graveur expressionniste belge : Franz Masereel - que sans doute je ne connaissais pas- Or Franz Masereel était co-fondateur avec René Arcos des éditions du sablier sises rue de l’Amiral Mouchez où je naquis...Voici pour la filiation inconsciente...
En 1977, je fuis l’hyper intellectualisation parisianiste pour me coltiner avec le “corps de la peinture” et allai à Venise dont j’étais éperdument tombée amoureuse l’hiver précédant... J’y étais au moment de la renaissance de carnaval ( lequel avait été interdit par Napoléon...Ne parlez pas de Napoléon à un vénitien...) 4/ De retour à Paris, mon diplôme en poche, j’ouvris -grâce à mon père- avec deux amis, “le diable vert”, atelier galerie de fabrication de masques et décors de théâtre, dans le cinquième, derrière le jardin des plantes. Nous créâmes là plus de 200 modèles de masque inspirés de la Commedia dell'arte mais aussi du théâtre NO ou de la tragédie grecque...Je n’abandonnai pas la peinture et rejoignis- pour m’y consacrer entièrement- le groupe Art Cloche en 1985.
5/ Art Cloche squattait à l’époque un espace dans le 14 ème arrondissement à un pas de la rue où j’étais née...à deux pas de la Cité Universitaire. Mouvement très riche, fort de nombreux artistes russes ( dissidents à l’époque) et de beaucoup d’étudiants, ART CLOCHE mettait en avant un art de vivre et de créer très libres : investir les friches urbaines pour y travailler et y exposer et utiliser des matériaux de récupération pour créer. Une oeuvre emblématique de cette époque, réalisée au sein d’Art Cloche 2 - squat Citroën - dans le 18ème arrondissement, fut un jeu d’échecs géant que j’y réalisai ( pour y jouer) : Une armée Lolochka s’y opposait à une armée “Art Cloche” où la Reine occupait - pour une fois- la place symbolique du Roi. Là, le Roi mourrait pour la Reine et la partie continuait! L’armée Art Cloche était composée de toute sorte d’éléments de récupération hétéroclites ( combinés de téléphone, ustensiles de cuisine...) sur des socles faits avec des couvercles de pots de peinture. L’armée Lolochka -plus classique- (où le Roi est à sa place) était faite de papier mâché sur une structure en fil de fer monté sur les mêmes couvercles qui faisaient office de socles. Les pièces étaient peintes.
6/ Bien que je connus à l’époque quelque succès commercial (je vendis de nombreux tableaux aux enchères et signai un contrat avec une galerie), j’avais pris goût aux grands espaces alternatifs d’exposition et de création et, quand nous fûmes boutés hors de la capitales, je m’exilai avec quelques artistes du noyau d’Art Cloche au caes de Ris Orangis, aujourd’hui dans les affres de l’ultime agonie, mais alors plus grand squat artistique de France. En 1995 j’obtins un atelier logement attribué par la délégation aux arts plastiques du ministère de la culture que j’occupe encore aujourd’hui à Evry dans l’Essonne. Chapitre 1 : créations et ré-créations Ecoles au service des enfants et des collectivités
7/ Le marché de l’Art s’effondra en 1990, j’avais signé un an avant un contrat avec la galerie Christine Colas et décidé dans la foulée d’avoir des enfants ...Je pus ainsi consacrer plus de temps à leur éducation...Ma peinture en fut légitimement très influencée, durant cette période que je ne renie pas du tout, je peignis Maternité sur métamorphoses du Petit Prince et abécédaire d’Igor et Juliet...
8/ Vint l’époque où Jacques Lang donna du travail aux artistes dans les Ecoles via la création des classes à PAC (projet artistique et culturel). Je multipliai les interventions , parfois extrêmement créatives comme ce projet hérité par des institutrices de Ris Orangis sur la citoyenneté et qui permit la réalisation d’une jolie fresque bleu blanc rouge sur la liberté (bleue), l'égalité(blanche) et la fraternité (rouge). Les réalisations dans le cadre du 1% furent largement marquées par cette expérience et en furent même la conséquence directe puisque c’est grâce à la réalisation d’une fresque extérieure sous l’ auvent de l’Ecole maternelle Lucien Clause de Brétigny, réalisée avec les enfants sur des morceau de bois découpés et assemblés comme un puzzle que je pus réaliser la décoration de l’école et du centre de loisirs maternels Alfred de Musset à Levallois Perret.
9/ Il s' agissait d’organiser la décoration qui comprenait pour l’école maternelle: une fresque dans l’escalier, sur deux étages, toute la signalétique - salles de repos, de sports, d'activités, le restaurant, le local vélos - et pour le centre de loisirs d’une fresque ou d’un tableau à placer à l’entrée du Centre. tout cela autour d’un thème approprié à la petite enfance. Je n’étais pas tenue de faire des propositions en relation directe avec le nom de l’Ecole , mais j’ai beaucoup d’admiration pour Alfred de Musset et j’avais envie d’établir un lien avec son oeuvre ce qui était difficile parce que son oeuvre n’est vraiment pas destinée aux très jeunes enfants . Je fis dans un premier temps un projet de fresque pour l’escalier qui comportait toutes les grandes figures du théâtre français qu’Isabelle Balkani balaya d’un trait disant fort justement que tous ces vieux affreux allaient effrayer les enfants! J’allai puiser du côté italien l’Arlequin et français le Pierrot et conservai du théâtre la scène et les rideaux pour la signalétique . Je conservai le nom inscrit sur les pétales de la fleur que tient le Pierrot-Arlequin qui enjoint les enfants au silence à l’entrée du Centre de Loisirs...Le nom doit être déchiffré, les lettres sont formées par des images qui se réfèrent à l’univers d’Alfred de Musset et du théâtre ou à celui des enfants : A comme Arlequin, L comme livres, F comme Flamme, R comme rêve, E comme Etoile, D comme Doudou, M comme les marches roses, U comme Ubu, S comme Soleil et E comme échasses et enfin T comme Théâtre. Pour cette commande le travail s’effectue en deux temps, en amont , le projet est discuté avec le représentant des commanditaires, et avec l’architecte ( il s’agissait de bâtiments neufs) j’effectuai un travail de documentation et de recherche puis réalisai des maquettes des esquisses que je présentai ensuite en réunion avec tous les responsables c’est à l’issue de cette réunion que le projet pouvait être retenu ou rejeté ou bien affiné, ce qu’il fut. J’avais carte blanche pour la fresque à condition qu’elle ne traite pas de sujet trop "sérieux”...
10/ Ensuite vient le temps de la réalisation sur le chantier avec les artisans et ouvriers du bâtiment, les allés et venues , les bruits les contretemps bref les joies des chantiers. J’avais un petit local où j’entreposai mes peintures et pinceaux et je pouvais travailler tard, même après que les derniers ouvriers soient partis ce que je fis plus d’une fois, mais il y avait presque toujours du monde, le chantier avait pris du retard ( comme toujours) et ce retard devait être rattrapé et il le fut ! Je rends au passage hommage aux Balkani comme constructeurs, c’était un très chouette chantier, tous ceux qui y travaillaient étaient contents, les conditions de travail étaient bonnes, les matériaux utilisés de première qualité et la chef de chantier très compétente. L’architecte venait souvent surveiller l’avancée des travaux et plus d’une fois les patrons revêtirent des vêtements de travail pour donner un coup de pouce...Je réalisai la fresque de l’escalier à main levée, j’y fit quelqu’ improvisation dictée par l’architecture des murs autour des trous qui y étaient ménagés. J’ eu d’ailleurs là une idée qui fut ensuite centrale pour “Gavroche” : la montgolfière. La signalétique des différentes salles , la signalétique d’étage ainsi que le Pierrot-Arlequin pour le centre de loisirs furent réalisés dans mon atelier sur bois puis montés en toute fin de chantier sur place. Je me souviens qu’il y avait des exigences spécifiques sur les matériaux à utiliser; ils devaient être inufigés , j’ai découvert ainsi toute une gamme de produits et notamment des vernis résistant au feu, à l’eau ou aux champignons (contacts alimentaires)- ce qu’il y a de génial dans les commandes, c’est qu’on apprends une foule de choses, on est en contact avec d’autres corps de métier, on réalise quelque chose avec d’autres et en plus on est payé!- J’ai presque tout réalisé moi même avec l’aide précieuse de mon compagnon sauf les découpes de bois qui devaient être précises et égales (pour la signalétique) et pour la pose des différents panneaux ( signalétiques et Pierrot Arlequin fleur) qui devait être rigoureuse et précise. Je fis les retouches finales (pour boucher les trous) .C' est un très bon souvenir, j’ai beaucoup apprécié l’ambiance du chantier, le fait que je sois une femme a sans doute contribué à me le rendre agréable; entre eux les hommes sont plus durs et c’était très chouette de voir émerger petit à petit cette très belle école de ce tas de poussière et de gravats...
11/ Pour “Gavroche” Ecole et Centre de Loisirs maternel, l’approche fut un peu différente, j’étais tellement contente de mon expérience ( j’avais oublié les affres de l’angoisse de l’avant projet et les petits tracas survenus ensuite comme on oublie d’avoir souffert lors de l’accouchement quand on tient son enfant dans les bras pour la première fois!) - donc , je n’avais qu’un désir, renouveler l’expérience le plus vite possible , une possibilité se présenta assez vite à St Pierre du Peray ; les conditions n’étaient pas exactement les mêmes: j’étais en concurrence avec deux autres artistes et les maquettes du projet ne seraient pas payées... Pour Levallois, ce n’était pas le cas, si mon projet avait été refusé, le travail que j’avais effectué m’aurait été payé et c’est bien ainsi; trop de commanditaires veulent réaliser des économies de bout de chandelles en ne rétribuant pas les projets or c’est une erreur, car les artistes ne travaillent plus dans les mêmes conditions et même si les commanditaires croient qu’il leur suffit de mettre en concurrence un plus grand nombre d’artistes pour avoir le choix donc pour avoir une meilleur qualité, ils se trompent lourdement car les artistes auront tendance à proposer ou des formules standards, c’est à dire la même chose pour n’importe quoi, ou des propositions bâclées faute de pouvoir y consacrer tout le temps nécessaire... pour Levallois, j’ai travaillé trois mois sur le projet!
12/ Enfin, le projet de l’architecte m’a beaucoup plu et inspirée! Le nom aussi, j’ai eu la chance d’avoir une idée autour de laquelle j’ai articulé ma proposition qui a été retenue...C’était le voyage initiatique de Gavroche au départ duquel assistait une foule de parents style 1900... Les ouvertures rondes ménagées dans le mur comme des hublots figuraient le ballon des montgolfières qui emportaient Gavroche, plus loin, dressé sur une barricade de jouets il brandissait les vertus de la république...Pour la signalétique, je fis comme pour Levallois, des figures de bois découpé et peintes à l’atelier cette fois posées par mes soins. Comme ce chantier avait pris beaucoup de retard je décidai d’expérimenter une technique ancienne mais efficace qu’utilisaient les peintres de la Renaissance pour reproduire rapidement des dessins sur des murs. Il s’agit des fameux cartons ( qui existent aussi je suppose pour les broderies ou les tapisseries). J'agrandis ma maquette par une mise au carreau sur un rouleau de papier de scénographie ( c’est utilisé pour les décors-de théâtre technique et matériau) à l’échelle de l’école et perçai de trous tout au long des lignes du dessin, puis, quand vint le moment ( il commençait déjà à faire un peu froid, j’apportai mon “carton” de papier, le fixai sur le mur et passai avec un pinceau des pigments sur le dessin. je retirai le carton et laissai sur le mur le dessin parfaitement tracé par les pigments volatiles. Cette technique vous paraîtra peut-être désuète et fastidieuse, vous me direz pourquoi ne pas faire comme tant d’artiste qui projettent une image sur le mur et peignent en suivant les formes projetées...Et je vous dis que la technique que j’ai utilisé n’a rien de fastidieux, elle est rapide, pratique et beaucoup plus agréable et fiable pour moi que les projections de photos qui manquent de corps définitivement et - vous ai-je dità quel point la dimension physique de la peinture est fondamentale pour moi, la gestualité, la matière, et même l’humaine imperfection signée par la main. L’importance des trois H pour que l’homme se réalise : Head (l’esprit), Heart (les émotions) et Hands (la réalisation par les mains) bref, j’ai eu et vous le verrez peut-être dans le prochain chapitre des travaux reproduits par des procédés techniques mécaniques, je trouve que dans l’ensemble, quelque chose est perdu. C’est comme une photo d’un tableau par rapport à l’original, ou des diapositives, qui ne donnent qu’une idée aplatie et désincarnée d’une peinture... Sur ce chantier là j’ai un peu éprouvé les difficiles conditions de travail des ouvriers du bâtiment notamment le froid et j’ai réussi à terminer avant d’avoir pris le mauvais pli de me réchauffer à coup de vodka ou de whisky ! efficace mais dangereux!
Chapitre 2 : création et re-présentations (portraits) servir petite ou grande histoire
13/Cela fait des années que j’ai la fâcheuse habitude de “croquer” tous les gens que je rencontre, j’adore ça, c’est un vrai vice, c’est une manière particulière de faire connaissance.
14/ C’est souvent amusant, parfois catastrophique mais en général comme chantait Gainsbourg : “ la beauté cachée des laids se voit sans délai” et c’est ce que je cherche et trouve en général très vite ou jamais. J’ai tendance à vieillir les jeunes et rajeunir les vieux, je ne cherche pas le cent pour cent ressemblant, mais j’essaie de capter un truc, ce quelque chose de particulier à chacun. J’ai multiplié les tentatives pour renouveler le genre désuet du portrait : J’ai peint sur des intercalaires de bouteilles, introduit l’écriture, la divination, les citations et les oracles, travaillé en grand, en petit mais reviens et repars toujours de mes carnets de croquis et toutes les occasions me sont bonnes pour croquer tous ceux qui le veulent bien.
15/ Comme je suis par mon père d’origine italienne, j’ai tendance à une certaine volubilité qui parfois me gène et que j’ai essayé de freiner en utilisant un support original qui n’est pas dénué de qualités : les intercalaires de carton moulé qui protègent les bouteilles dans les emballages de 6 ou 12. Ce support original, je le dois à mon père aussi- c’ après tout logique qu’il m’ait fourni le poison et le contrepoison...- qui au temps du Diable Vert vendait du champagne aux ambassades.
17/ C’est donc sur des emballages de bouteilles de Champagne, puis de Bordeaux, puis d’autres (mais aucun n’égale Champagne et Bordeaux !) que j’essayais de freiner ma tendance naturelle à un certain bavardage plastique. Le relief qui propose d’emblée une forme m’oblige à la casser pour en proposer une autre et ralenti le geste l’obligeant à plus de force, de décision... Hélas, l’habitude est vite prise et le bavardage revient bien vite. Mais le travail sur de tels supports reste intéressant notamment par rapport aux illusions d’optique produites par les couleurs : une couleur qui “avance” comme le rouge aura tendance si elle est placée dans un creux à le “gommer” par exemple. Le relief donne aussi une dynamique particulière au portrait qui donne l’impression de “bouger”. J’ai réalisé un assez grand nombre de travaux sur emballages, assemblés et montés sur carton, compositions de portraits réunis sur des thèmes ou simples portraits encadrés qui ne se vendirent pas trop mal en ventes aux enchères à un moment et puis plus trop alors je cessai un temps d’en faire car c’est un peu délicat à stocker, mais j’ai repris il y a peu cette fois sans les encadrer...
La mairie de Villemoisson sur Orge a eu l’amabilité d’orner ses murs d’un triptyque que j’avais réalisé ainsi avec des intercalaires de bouteilles de champagne montés sur des châssis de fenêtre sur Robespierre, il y avait un Robespierre rouge, un texte de Robespierre (qui était un admirable rhétoricien) transcrit avec un clou (j’avais percé des petits trous dans les emballages assemblés et peints en blanc pour figurer les lettres) et un Robespierre bleu. Le maire aurait préféré Danton mais a eu le bon goût de m’acheter Robespierre qui avait le mérite d’exister déjà.
16/ J’ai découvert il y a plus de vingt ans un livre que je consulte depuis tous les jours : il s’agit du YI-King ou Livre des Transformations dans la traduction de Wilhem. A un moment, je passai mon temps à consulter et re-consulter l’oracle et à recopier les idéogrammes et les sentences qui y étaient associées, je me retrouvai très vite avec une masse assez conséquente de dessins, notes et une bonne dose de culpabilité de passer ainsi mon temps à m’interroger sur un avenir qui devenait de plus en plus incertain au fur et à mesure que j’y consacrais tout le présent. Aussi je décidai de réagir en en faisant oeuvre plastique, une occasion, si l’on peut dire se présenta avec la disparition d’une figure remarquable du caes de Ris Orangis le sculpteur Paul Sevehon à qui je rendis hommage en brossant un large portrait sur un fond fabriqué avec mes extraits du Yi-King.
Dans le Yi-King sont répertoriées toutes les situations dans lesquelles un être humain peut se retrouver sous la forme de soixante quatre hexagrammes eux mêmes résultants du redoublement des trigrammes inventés par FU-YI (lhomme au double regard) 2 000 ans avant JC. Trigrammes reposant sur les combinaisons possibles de l’élément Yin (obscur) et Yang (lumineux) suivant à chaque fois trois voies: la voie de la terre, la voie de l’homme(voie du milieu) et en haut la voie du Ciel. Ainsi ce fond symbolisait une vie dans sa diversité, -multiplicité d’expériences avec l’effacement par ci et la mise en exergue par là de ce qui pouvaient être des moments et ainsi figurer le travail de la mémoire ou de l’inconscient et la constitution d’une personnalité au travers de situations vécues... Je réalisai un autoportrait grandeur nature en pied que j’appelai woman power ( à l’époque l’agence d’intérim Manpower était visible partout avec sa reproduction des canons de l’homme de Vitruve L’« homme de Vitruve » (ou homme vitruvien) est le nom communément donné au dessin à la plume, encre et lavis sur papier, intitulé Étude de proportions du corps humain selon Vitruve et réalisé par Léonard de Vinci aux alentours de 1492.) dans lequel outre le travail du fond je reproduisit les 64 hexagrammes et les soixante quatre idéogrammes correspondants tout autour de la sphère.
18/ Woman power donna l’idée au directeur de cabinet du maire de Draveil de me commander les portraits de Daudet et ensuite de Delacroix. J’abandonnai pour un temps le Yi-King mais conservai là l’idée d’un fond composé cette fois de textes et croquis ayant une relation avec la vie de la personne représentée, l’idée était de donner à voir de loin un visage et à lire de près des phrases mises en exergue ou à voir des signes recouverts, effacés partiellement comme le travail du temps sur la mémoire. Pour Daudet comme je ne trouvai pas ce que je voulais dans son oeuvre, je puisai dans le journal d’un écrivain de Dostoïevsky et ajoutai des citations lisibles de Raoul Vaneighem (auteur du fameux soixante huitard “traité de savoir vivre à l’usage des jeunes générations”) extraites de “nous qui désirons sans fin” comme, entre autres : “Apprenez à créer, ne travaillez jamais!” Pour Delacroix , je recopiai de vastes extraits de son si riche journal pour mon fond, je me plus beaucoup à copier une ou deux esquisses de son maître Rubens, je m’inspirai de son célèbre autoportrait pour reproduire son visage et représentai en ombre portée le profil de Talleyrand lequel était vraisemblablement son père biologique... Je réalisai ces travaux il y a déjà longtemps, mais je ne désespère pas d’y pouvoir ajouter en 2011 un portrait de Paul Lafargue et Laura Marx sur fond de “droit à la paresse”...
19/ Chapitre 3 : création et communication Servir des images de marques : un espace secret dans un jardin public...
20/ En 1984, je réalisai les illustrations du jeu de 54 cartes “correspondances” publié en 1985 par France Cartes (anciennement Grimaud) en partie pour le service communication de la RATP qui s’engageait à en acheter un nombre conséquent pour promouvoir son image. (à l’époque il y avait 54 stations à changement du métro... "Correspondances” évoque les stations du métro de Paris : Chaque gare de correspondance est symbolisée par une figurine dont les composantes synthétisent l’histoire des personnages ou des lieux qui ont donné leur nom à la station. Par exemple Franklin Roosevelt ( je cite la notice du jeu) :” Sous un samurai ( Musée des arts d’ Extrême-Orient fondé par le collectionneur Guimet), Picasso, Picabia, Eric Satie et Jean Cocteau évoquent avec le danseur Massine, le spectacle “Parade” donné en 1917 au Théâtre des Champs Elysées, c’est à cette occasion que Guillaume Apollinaire parla de Surréalisme. le peintre André Masson, qui traversa toute l’histoire artistique du du XXème siècle, représente ici le Musée d’Arts Modernes.”... Promenade dans Paris et son histoire à travers les 54 stations à changement du métro La conception iconographique avait été faites par Richard Speranza qui était allé jusqu’à respecter la numérologie et avait parfois du faire quelques acrobaties intellectuelles pour placer les figures que je tenais absolument à voir figurer dans “mon” Paris tel Baudelaire et mon maître inconditionnel et absolu : Francis Picabia... Ce fut un travail énorme de recherches , de dessins sur place, qui donna lieu à des découvertes dans cette ville où je suis née et que je croyais connaître... Un travail fort long mais enrichissant (plus largement plus sur le plan culturel qu’économique...) Les maquettes furent réalisées au double du format des cartes à jouer en noir et blanc (encre de Chine) et une couleur pour les mineures et à la gouache, en couleurs pour les figures...Le jeu fut acheté par les service communication de la RATP qui en fit un cadeau de prestige sous un emballage spécifique (deux jeux dans un boîtier) et donna lieu à une exposition promotionnelle dans l’espace d’exposition de la station Chatelet les Halles où les maquettes furent exposées ;et fut diffusé dans le commerce...
21/ Pour le passage au 3ème Millénaire, un décorateur qui nous faisait travailler de temps en temps sur des décorations de Noël qu’il réalisait (nous eûmes le plaisir de réaliser une décoration pour la Maison de la Radio dans un pur style Art Cloche réalisation dont je n’ai hélas gardé aucune trace-comme tant d’autres...) me demanda de faire des maquettes pour la façade du Centre Commercial Grand Ciel à Ivry s Seine qu’il fit réaliser en “one way” : cet adhésif qui laisse filtrer la lumière par une trame très fine de petits trous et donne ainsi à voir de l’extérieur une image lisible sans pour autant empêcher la lumière de passer et d’éclairer l'intérieur (One Way Vision Pour voir et être vu.Si vous avez des espaces vitrés, il vous est possible désormais de communiquer dessus.la technologie One Way Vision : un adhésif spécialement conçu pour habiller vos façades vitrées peu importe la superficie et ce, tout en préservant la vision depuis l’intérieur des bureaux.). Je détournai un tableau de Matisse et une Cène pour sauter dans le nouveau millénaire. Ces dessins furent reproduis à grande échelle suivant un procédé mécanique convainquant pour une aussi grande surface mais que je retrouvai lorsque j’intervins à nouveau à l’école Lucien Clauze pour de nettement moins grandes superficies et que je trouvai nettement moins convaincantes...(en plus c’est très cher) 22/ L’été où je travaillai pour Levallois, dans mon atelier à oeuvrer sur la signalétique en bois,je reçu un coup de fil d’un décorateur, spécialisé dans l' événementiel - c’est très bien d’être disponible l’été, beaucoup de contrats peuvent se négocier à ce moment là- qui me proposa de réaliser un tableau d’un assez grand format ( on opta pour un 80 figures, le triptyque dans l’atrium est composé de trois toiles de 120 figures chacune- c’est le plus grand format standard existant- pour vous donner une idée-) pour les 80 ans du site PSA Citroën de St Ouen pour la rentrée. Il s’agissait d’immortaliser la commémoration : un grand banquet dans l’usine (qui est magnifique avec cette charpente métallique qui me rappelait Art Cloche ... Je partis (comme souvent) dans un grand délire où je m’imaginai des scènes à la Brughel l’ancien dans une structure précisément Art Cloche ...Je déchantai vite mais bon, quelque chose de ma vision idiote mais sympathique resta néanmoins imprimé dans mon esprit et m’aida à animer gaiement une scène qui n’avait en réalité rien de vraiment exaltant (imaginez un banquet avec des plateaux repas style plastique food et surtout à l’eau! ) Adieu Brueghel l’ancien ... Je proposai deux maquettes à l’ingénieure chargée de la Communication qui me demanda une synthèse des deux ce que je fis. Je commençai le tableau à l’atelier et l’amenai sur le site le fameux jour de la fête et y portai les dernières touches durant le banquet , partie intégrante de l’animation...J’ai joué avec la perspective magnifiée par la charpente métallique de l’usine, représenté au mieux la diversité des ouvriers, ce qui était facile puisque la diversité était là. représenté les décors, kakémonos et voitures anciennes qui donnaient au lieu son air d’anniversaire . La toile fut ensuite accrochée dans une salle de réunion de PSA, j’espère qu’elle y est toujours... 23/ SOLENDI J’ai eu l’honneur de travailler pour Solendi au moment où vous déménagiez. Le premier “tableau “ que j’ai peint pour vous servit pour l’annonce de la Convention. Dans le projet initial le ciel avait une importance bien plus grande, démesurée, voire écrasante... J’ai réalisé ensuite des illustrations et pictogrammes ainsi que les bandeaux sur les valeurs de SOLENDI qui sont donc dynamisme pour lequel j’ai opté pour la flèche dans sa trajectoire pour atteindre la cible : la condition pour être dynamique est sans doute d’avoir un but clairement défini vers lequel on tend (même si comme dit un proverbe Zen : quand on atteint le but : on rate tout ce qu’il y a autour), le rouge est la couleur la plus rapide , le feu symbolise l’énergie... pour écrire humanisme , j’ai choisi de former les lettres par des dessins de personnes au plus proches de nous, travaillant dans des bureaux, sur des ordinateurs, en saluant d’autres, ayant des enfants des êtres humains ( mon semblable, mon frère)- pas la peine d’aller chercher au bout du monde- l’ humanisme commence par la reconnaissance de son voisin comme un sujet pensant et digne de respect voire d’amour!... Pour Professionnalisme j’ai opté pour un tracé géométrique des lettres pour mettre l’accent sur l’importance des machines dans le travail collectif, désormais. Importance parfois assujettissante mais obligée. L'ébauche d’un chantier de construction renvoie à la vocation de Solendi de créer des logements . La poignée de main à l’entente et la concertation nécessaires à la réalisation d’un projet... Quelques mauvaises idées que j’ai eu ( le restaurant avec le poisson dans l’assiette - pourtant le poisson c’est bon!, la boite à outil façon bof des années 50...) et qui ont fort heureusement été corrigées par vos charmantes et compétentes communicantes Madame Alexandra Pasquer et son équipe que je ne remercierai jamais assez de m’avoir confié ces travaux
24 / Enfin, il va me falloir répondre à la question cruciale : “Pourquoi y a-t-il un flamand rose dans l’atrium ?” Le flamand rose est un animal élégant entre tous, ne vous plaignez pas, vous avez échappé à un Pélican symbole d’amour paternel...beaucoup moins séduisant. C’est François Bakonyi qui a eu l’idée du flamand rose ( il n’aimait pas le pélican) .. Il s’agit d’un flamand rose parisien que je suis allée le croquer au Jardin des Plantes ... Les paons par contre ont une origine plus orientale et le traitement plus abstrait de la toile du centre du triptyque représente (doux paradoxe) le non-être ( mais , après tout puisqu’on a le droit de le dire : non-être, on peut aussi le peindre...) ce triptyque généra moults maquettes ( toutes jugées obsolètes) . Enfin la parole d' un mystique soufi du 12 ème siècle Rûzbehân Baqli Shirâzi vint au secours de mon inspiration vacillante et fit l’unanimité et aussi, permettez moi de terminer sur cette phrase magnifique à méditer et vers la sagesse de laquelle je ne fais que tendre et essayer d’approcher...: Vous reconnaitrez peut-être dans mon humble triptyque les trois maisons de la connaissance “La définition formelle de la connaissance est le souci de la connaissance, car la connaissance est sans définition. Sa première demeure est l’amour créaturel, la deuxième le non-être et la troisième est l’ être, car au dessus de l’être, il n’y a rien. La tour du maître, du novice et de l’ amant est sur l’échiquier de la recherche, et si elle n’est pas dans la cour de l’annihilation de soi, la tour est enlevée et le roi est mort. C’est là que l’amour ignoré, l’amant ignoré et l’aimé ignoré doivent atteindre le point où tous trois sont homochromes.
Rûzbehân Baqli Shirâzi (traité de la sainteté) merci de votre attention Abû Mohammad Rûzbehân-i Baklî ( روزبهان بلقى شيرازى ) est un mystique soufi chiite, un poète et philosophe perse né en 1128 à Pasâ (sud de Shîrâz) dans la lignée daylamite. Son nom signifie "jour heureux". Dès l'âge de sept ans il pratiqua des exercices spirituels. Il reçut une révélation spirituelle à quinze ans, à Shîrâz. Puis les extases et les ravissements divins se succèdent, par l'intermédiaire d'un maître caché (Khidr). A vingt deux ans il trouve son cheikh, ibn Khalîfa ibn 'Abd al-Salâm, se rattachant à l'ordre des Siddîqiyya (ou Murshidiyya). Il eut aussi ibn Khalîl al-Fasâ'î pour maître. Il entreprend ensuite une série de voyage à Kerman, puis en Iraq, en Syrie, en Égypte, au Hijaz et à La Mecque. Il revient s'installer en 1165 à Shîrâz, où il construit un prieuré (khângâh) et fonde une confrérie soufie (tariqa), s'inscrivant dans la lignée de Hâllaj. Il fut amateur du samâ', le concert spirituel des soufis. Sa mystique est basée sur l'amour et l'enthousiasme et sa pratique sur le jeûne, la retraite et le dhikr. En vrai prophète, il dialogue avec les saints, les anges, les autres prophètes et Dieu. Il eut plusieurs épouses, deux fils (Shihâb al-Dîn Muhammad et Fakhr al-dîn Ahmad) et une fille. Devenu hémiplégique tard dans sa vie, il refusa tout soin, acceptant son sort, impatient de retrouver son Créateur. La veille de sa mort, il l'annonça pour le lendemain et il prédit à deux autres cheikhs qu'ils le suivraient de près (ce qui arriva). Il mourut en 1209 à Shîrâz. Devenue un lieu de pèlerinage, sa tombe fut réputée car on y entendait sa voix, jusqu'à ce qu'avec le temps, tout sombra dans l'oubli.
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