30-05-2012

LE MUSEE PRIVE
139, rue Cardinet
75017 Paris
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JEAN-ANTOINE RAVEYRE GALERIE BERNARD CEYSSON

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LES CEREMONIES DE JEAN-ANTOINE RAVEYRE

Jean-Antoine Raveyre, , 27 janvier - 27 février 2011,
Galerie Bernard Cesson
23 rue du Renard
75004 Paris
http://www.bernardceysson.com

Qu'est ce que la présence photographique sinon que par  profondeur de  ce qu'elle saisit ne soit  laissé au-dehors de l’attention de nos sens et de notre réflexion. Jean-Antoine Raveyre est donc de ces artistes majeurs qui par ses mises en scène(sorte d'installations préalables) et ses prises de vue se confronte sur ce qui n’est pas encore ou sur ce qui est déjà arrivé en laissant cependant toujours ses "narrations" en suspens (d'un sinistre ou nom).

 

Ses titres sibyllins ("Lacrimosa", "Mater Dolorosa", voire "Sans titre") ne font qu'ajouter du secret au mystère. Par exemple "Lacrimosa" est une interrogation sur la mort en générale et sur une mort plus précise : celle qui à la fin du siècle dernier décima par cause de Sida tant d'êtres fauchés dans leur jeunesse. Par son travail l'artiste confronte à cette vérité un créant un couloir réel du temps qui devient l'antichambre de l'injonction silencieuse  d'un (presque)  face-à-face.
Qu’est-ce  que ce couloir si ce n'est une fois de plus le "jeu" le plus tragique entre le dedans et le dehors ? Dans cet espace-temps Raveyre donne du sens à la “ terreur ” où nous sommes  pris au piège en  nous situant et dehors et dedans par effets de double bande. Il y en a d’ailleurs bien d'autres dans ses œuvres. Parfois par effet de miroir comme dans son "autoportrait à l'oreille coupée". Dans cette œuvre dure et dégagée du “ halo sentimental ” de sa "Mater Dolorosa" une autre matérialité physique se découvre. Le paysage se fait glauque. Presque une pissotière - dont on voit ironiquement briller (quoi que…) l'élément magnifié au rang d'œuvre d'art par Duchamp.  Mais ce lieu aveugle, fermé, interdit est aussi objet de rêverie. "Pulp Fiction" n'est pas loin. De même entre mythologie et  mythographie  ironique l'écart n'est pas grand.  Quelque  chose cède, s’envole et tombe dans la camera oscura pour une autre manière de voir.

 
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 Jean-Antoine Raveyre La danse de Salomé (2006) Photographie Argentique
135 cm x 155 cm Courtesy Galerie Bernard Ceysson

Une frontière cède. Ce qui ne se voit pas (le "off" où tout se passe) devient encore plus prégnant que s'il était montré dans une obscénité vériste.  Par delà ces "attentes" (souvent ironiques et baroques) l'artiste met en face de l'irreprésentable que nous ne voulons pas voir. Comme si nous ne possédions plus de cœur ou de couilles pour affronter notre propre image. Jean-Antoine Raveyre crée par ses photographies aux scénographies impressionnantes une séduction en rien racoleuse. Il extrait la misère ornementale pour faire passer du côté d’un imaginaire critique autant grave que plein d’humour. Le « paradis » semble ouvert mais soudain il y a toujours quelque chose qui grince et vient déranger le jeu par la juxtaposition du dehors et du dedans. Pour s'en convaincre il suffit de regarder de très près la photographie du fier Toréador qui fait ses passes tauromachiques dans une cuisine…

Jean-Antoine Raveyre
(1977, Saint-Etienne, France)


Biographie

Jean-Antoine Raveyre est né en 1977 à Saint-Etienne où il vit et travaille. Après avoir suivi une formation de menuisier et exercé en tant que tel de 1997 à 2000, Jean-Antoine Raveyre a suivi une formation de photographie, spécialité des techniques anciennes et chimie à l'Atelier Magenta à Villeurbannes, sous la direction de Dominique Sudre. De 2000 à 2003, cet artiste à exercer son métier de photographe pour des théâtres, notamment pour la Comédie de Saint-Etienne. En 2003, il a obtenu un résidence d'artiste à Dompierre-sur-Besbre dans l'Allier. Par la suite, il est artiste résident à Sanary sur mer. Depuis 2006, Jean-Antoine Raveyre produit, écrit et réalise des mises en scènes photographiques avec Rémy Fonferrier, éclairagiste, et une équipe modulable (suivant les besoins des scènes), constituée de Julien Léonard (assistant accessoire et déco), Jean-Robin Poirot (menuisier constructeur), Pascal Stoumon (maquilleur) et François Maisonnasse (assistant photo). En 2009, il écrit, produit et réalise La noyée pour un "Solo Show" à Dock Art Fair 09 avec la Galerie Bernard Ceysson.

 
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 Jean-Antoine Raveyre Le Retable (Photo de droite) - Mater Dolorosa (2010) Photographie, Prise de vue argentique, tirage fine-art Contrecollé sur alu-dibon, 110 cm x 170 cm Courtesy Galerie Bernard Ceysson

Présentation

Artiste photographe, je développe une démarche artistique autour de la mise en scène photographique.
Je m’appuie sur une méthode de travail similaire à celle pratiquée au cinéma, pour réaliser des photographies grands formats où la narration prend la place centrale dans l’image.
Cette idée d'image narrative n'existe pas seulement dans son sens romanesque, il s’agit aussi de s’appuyer sur le concept d'historicité. Les références historiques, picturales et littéraires parsemées dans mes images ne sont pas le témoignage d’une culture commune, mais mon intention propre d’amener le spectateur à ouvrir les yeux sur l’histoire.

Chacune des photographies que je réalise demande plusieurs mois d’élaboration. Mon travail se découpe en plusieurs temps : le premier c’est d’abord l’intuition du sujet alimenté par un texte littéraire, un tableau de maître, un scénario qui m’amènent à approfondir le mouvement artistique ou les évènements historiques de l’époque. Vient ensuite le travail de l’image qui passe par le croquis : la recherche de la construction, la gamme colorée, la lumière, les éléments du décor, tout ce qui viendra servir la narration. La construction du décor m’amène à me pencher également sur les plans de la scénographie et les matériaux qui devront être utilisés. Il y a ensuite la budgétisation du projet avec la recherche de financements. Cette démarche détermine toujours jusqu’à présent ce qui est possible ou pas de réaliser. Par la suite vient la recherche de l’espace de travail qui devra répondre aux disponibilités de chaque protagoniste : l’éclairagiste, les comédiens et le maquilleur pendant la durée du travail qui est déterminé auparavant par un planning. Ces lieux peuvent venir d’origines diverses : une résidence rendue disponible, un artiste qui m’accueille dans son atelier, une structure associative dans ses locaux, des mécènes privés ou publics qui m’ouvrent leurs portes. Le temps nécessaire à la réalisation d’une mise en scène est d’environ 3 mois, ce délai permet de poursuivre sans cesse la recherche ou chaque élément s’ajuste à l’ensemble de la scène qui se construit.

 
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 Jean-Antoine Raveyre coeur, bouche, action et vie (2010) Photographie, Prise de vue argentique, tirage fine-art Contrecollé sur alu-dibon, 110 cm x 225 cm Courtesy Galerie Bernard Ceysson

Mes travaux photographiques sont emprunt de l'histoire même de la peinture. Mon travail de mise en scène souligne cette volonté de produire une image picturale avant tout, même si le medium utilisé demeure la photographie. L'étude de la composition, la recherche de l'harmonie colorée,  de la lumière et la théâtralisation des modèles suggèrent cette volonté picturale. Le Sans titre I illustre parfaitement cette intention. Le parallèle entre le tableau de Manet et la photographie finale parle de cette promiscuité et de cette volonté claire de flirter entre la réalité et l'illusion. La scène qui nous est donné à voir souligne cette double lecture que j'affectionne tout particulièrement. Au premier abord l'image nous donne à voir une scène qui nous paraît bien réelle, seul le reflet dans le miroir nous pousse à nous questionner sur la véracité narrative. Le libera me pousse à l'extrême cette notion.  Le spectateur face à cette photographie est immédiatement amené à dépasser sa crédibilité première, et à rechercher dans l'image l'intention déguisée créant ainsi un trouble dont il ne peut se départir. Mes travaux traitent de cette ambigüité narrative qu'a une image fixe et cadrée. Elles décrivent l'illusion que produit la mis en scène, ou les personnages grimés et la situation évoquée ont la particularité d'être une mise en abime de la mise en scène elle même. C'est ici que réside mon intention de ne pas tricher.
Depuis 2009, je consacre ma recherche à montrer l’automatisme psychique, les photographies The End et La Noyée ne représentent plus l’instant comme vécu mais comme éprouvé. Aujourd’hui, j’aspire à concevoir une photographie poétique et idéaliste. Je me confronte à la difficulté de créer ce qui subsiste à l’intérieur de l’être, sa nature essentielle, authentique, originelle. Les travaux des surréalistes et l’œuvre de Gilles Deleuze la logique du sens ; m’ont amené à penser différemment la conception de l’image et son rapport avec le sujet. Je conçois l’image sur ce qui appartient au réel et sur ce qui échappe à la raison, pour produire une photographie où l’expression du psychique tient une place esthétique dans la scène au même titre que l’action décrite.
L’omniprésence de la mort dans l’art photographique s’inscrit et détermine mes travaux. La photographie fonctionne comme un catalyseur de la présence de la mémoire et capte l’énergie latente et spirituelle que seul, cette mort libère.

Jean-Antoine Raveyre - 2010

 
 

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