Galerie Maeght Exposition Bestiaire |
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Bestiaire propose de s’attarder sur le regard que dix grands photographes et deux artistes posent sur le monde animalier. La galerie Maeght propose un ensemble exceptionnel de photographies montrant aussi bien des animaux dans la nature (Yann Arthus Bertrand, Nicolas Bruant),dans les zoos (Jean-Marc Coudour) que des images naturalistes (Paul Sarosta) ou plus narratives (Elliott Erwitt). Elle présente des photomontages et images poétiques ou critiques de Frank Horvat, Galerie Maeght LARMES DE CROCODILE ET PORCS EPIQUES A l'exception de quelques photographies par trop discursives (celles de Y.-A Bertrand entre autres) le bestiaire proposé par Robert Delpire et Pascale Le Thorel secrète un mystère dont l’animal dessine le perte. La bête différencie chez un Peter Witkin et Sarah Moon le travail du deuil de celui de la mélancolie. Il permet de reconnaître ce qui a été perdu, où le sujet se creuse, se mange du dedans. Les artistes retenus nous apprennent comment demeurer fidèle à la bête. Paradoxalement la photographier devient la tentative de mettre des noms sur les animaux qui nous boivent, nous sucent, nous crachent, nous absentent plus que de fantasmer "écologiquement" à leur sujet. L’art peut donc l’animal en l'art lorsque la décision radicale qui habite une créateur l’impose. La photographie peut donc la bête. Le risque de sa féminité. La première est dictée à travers la seconde par la concentration d’une infinité de "monstres" comme le prouve les artistes déjà cités ou encore Elliott Erwitt, Michel Vanden Eeckhoudtn, Frank Horvat. Ce dernier par exemple n’opère pas la coagulation de nos fantasmes mais de nos fantômes. Ses animaux nous affectent mais sous le mode de l’incompréhension sidérante. Chaque artiste fait ainsi la bête à son image: un loup, un cochon, une hyène, un crocodile. Ils sont tous les étrangers qui nous lient au peu que nous sommes. Ils créent l'espace qui nous sépare de nous-mêmes. Ils rappellent la vie d'avant le jour et d'avant le langage. Il convient d’entrer dans leur épaisseur où nous nous débattons avec eux non sans ambiguïté et hérésie. Préférons donc l’impureté du zoo qui nous habite que la caserne de notre prétendue pureté. Passons du paroxysme de l’idéal à l’abîme bestial puisqu'une telle exposition nous y invite. Mais comment faire lorsqu'on a voulu rédiger l’acte qui expulse par avance l’instinct bestial ? Ne reste alors que les artistes réunis ici et qui soulèvent les lieux où "nos animaux persistent. Jean-François Spricigo, Paul Starosta, Ruth Adler ne cessent de les aiguillonner pour en accentuer museaux et griffes. L’animal soudain reste la seule question. Même chez un artiste qu'on attendait pas ici comme l'urbain Jacques Monory. Il les saisit non par une aporie mais par une sorte de germination. Quel nom donner dès lors donner à leur espace sinon leur nom qui remplit tout notre corps ? Ces bêtes - souvent montrées de manière étrange - fabriquent une perspective que nous voulons ignorer. Soudain on se souvient que dès le premier matin de chacun de nos mondes il y a en eu beaucoup. Dès le premier soir il y eut la longue allée inaccomplie des animaux allant à la chasse ou à la buvette à travers nos déserts d‘ennui. Sans cesse donc nos bêtes glissent vers le tronc de nos heures. Comme chacun de nous, les artistes réunis ici revêtent leur pelage . Comme un cochon l'un se vautre. Comme une marmotte une autre dort un autre jour. Ici est la séparation des êtres, leur cocon, leur suint et leurs griffes. Reste le pouvoir de la bête. Son hantise, ses coloris, ses cris, sa crinière. La mémoire ou l'oubli - comme on voudra. L'incendie animal n'est jamais maîtrisé. Il serpente, écrasant ou attisant l’inconscient qui s'y concentre pour percer sa peau fuyante. Witkin l'a bien compris. Qu'est notre corps si ce n'est une immense réserve sauvage ? Pour nous en défendre l'homme a inventé par narcissisme le religieux. Il est devenu le sens de notre moindre. Mais en dieu l’esprit est aussi aveugle qu’impatient. Pour être il se doit de ne revenir qu’à l’animal. Dieu voulant nier ce “ que ” n’exprime toujours que le “ comment ” preuve qu’il n’est lui-même qu‘invention pour cacher les animaux qui nous terrassent. La hantise primitive de l’animal demeure. Chaque artiste la reprend. Les photographies du bestiaire de l'exposition Maeght deviennent des fouilles zoologiques. Elles permettent de renier nos figures de majesté et d'entrer dans nos savanes et nos déserts. Nos viscères sont autant de canyons qui offrent les fissures où se cachent le cochon, la pie voleuse, le charognard. Montrer la bête revient à s’arracher à cette erreur essentielle d'être au dessus d'elle. Et même lorsqu'il n'en reste qu'un châssis retourné contre une peau fuyante, une autre face du monde se déploie. Peu à peu l’animal humain sort de sa porcherie, de son zoo. Au Pierrot d’amour fait face le porc des herbes de ses fossés. Il dort dans sa merde. Plume, peau, pelage, écaille, ongle, corne, mue de serpent : en ses animaux l’homme est un et innombrable. Il est de l'ordre de l’antre et de la bauge où bat le ventre porcin qui accouche de la chimère. L’humanité devient suspecte, la photographie ne coupe plus son groin : elle montre les mensonges de ses brames amoureux. A chaque artiste donc ses bêtes, leurs fourrure et leurs condamnations. Si bien qu'en nous à travers les œuvres présentées l'animal rit. Mieux : l'âme humaine est soluble dans la bête. Certes la vache en nous ne rêve pas forcément de l’Inde. Mais il se peut bien soudain que l’éléphant qui nous habite vive dans la hantise d’être trompé. A moins que notre rat d'eau méduse en ces manteaux de vision. Jean-Paul Gavard-Perret |
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