DAVID HOCKNEY ET LE NUMERIQUE : LE DIRE AVEC DES FLEURS |
|
|
Initialement ces images avaient été créées pour être envoyées par email à des amis. Hockney continuera à le faire pendant toute la durée de l’exposition. Il enverra des “fleurs fraîches” à la Fondation où un diaporama permet sous forme de triptyque réalisé par l'artiste de comprendre sa technique numérique. Yves Saint Laurent resta toujours été très proche de Hockney. Il lui avait remis la prestigieuse distinction artistique Rosa d’Oro en 2004. Ce fut l’occasion pour le couturier de lui faire rejoindre son panthéon à côté des Henri Cartier-Bresson, Jorge Borges, Pierre Boulez, I.M. Pei, Eduardo Chillida entre autres. En octobre 1987, Yves Saint Laurent avait encore rendu hommage à David Hockney dans le final du défilé de la collection Rive Gauche avec un « tour de piste ». Ce dernier fur inspiré des décors et costumes conçus par Hockney pour « Parade » - ensemble de trois opéras français présentés au Metropolitan Opera. Hockney a toujours aimé filmer ses peintures. Cette nouvelle technique lui permet de juxtaposer le pictural et le numérique au sein d’un seul support. L’artiste trouve une nouvelle mise en tension et un moyen de mettre son art au service d’un canevas journalier. Les fleurs deviennent une sorte de fiction narrative d’où surgit un nouveau « Portrait of an artist ». Un portrait métaphorique désormais mais par lequel Hockney poursuit sa confrontation critique et passionnée avec le formalisme. Il peut enfin confondre le geste même de la création picturale et sa mise en « matière ». Matière virtuelle mais matière tout de même. Par delà la distance, accentuée par l'effet de « vitre » de l’écran, une image primitive crée un émoi particulier. Il s'agit peut-être de tenir à la solitude mais de différer le cercle de sa clôture là où tout demeure en suspens dans ce nouvel espace pictural et scénique. La technique devient donc une allégorie voire le nouveau symbole de l'art. L’artiste donne aussi un démenti à ceux qui lui ont reproché son impudeur douloureuse ou joyeuse. Les « fleurs fraîches » qui vibrent de lumière sur l’écran marquent une avancée dans le discours du peintre. Par une des figures les plus stéréotypées de la peinture l’œuvre échappe à l'ordre de l’anomalie ou de la monstruosité. Ces « simples » fleurs créent une forme de liberté en se rapprochant - loin de l’anecdote - de ce qu’est la peinture par et pour elle-même. Hockney en explore toute sa puissance et la démarche restent plus complexe qu’il n’y paraît. L’artiste réinvente le corps de la peinture par ce nouveau type de représentation iconographique et mentale. Par effet de surface et de diaphanéité il prouve aussi que la peinture – qu’elle qu’en soit la technique ou le support- est toujours à réinventer. Jean-Paul Gavard-Perret Jusqu'au 30 janvier à la Fondation Pierre Bergé-Yves Saint Laurent, 5, avenue Marceau, 75116 Paris, France. |
|||



