Mathias Schmied Galerie Olivier Houg |
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A l'opposé de Raymond Pettibon, dans les dessins duquel le texte et l’image s’annulent et se complètent simultanément, Mathias Schmied défait la structure du langage des comics. Il agit à la fois du point de vue de la narration, de l’image ou du graphisme et du texte, soit autant d’éléments qu’il supprime, totalement ou en partie. Pourtant, son approche est distante de celle des artistes du Pop américain, comme Lichtenstein, par exemple, qui « pouvait traiter du comics comme d’un type américain de détritus » (1).
Dans sa dernière série de découpages, Mathias Schmied prélève des pages isolées de comics ou des histoires entières, puis, par découpage de certaines zones, « vide » la narration de sa substance et la représentation de sa capacité mimétique, s’orientant ainsi vers une certaine abstraction. Les trois œuvres intitulées Special Mandrake (2010) sont des pages superposées de comics dans lesquelles l’artiste ôte à chaque fois certains éléments. Ce qui reste évoque une expérimentation spatiale qui, par analogie, renvoie à la fois à l’architecture et à la peinture abstraite – comme si Mathias Schmied avait inversé la procédure des papiers collés de Matisse.
Parfois, seuls les contours des personnages restent, imbriqués les uns dans les autres. La découpe crée une alors une réserve dans la page, de laquelle émanent des zones colorées néo-psychédéliques.L’évidement peut aller jusqu’à ce qu’il ne reste dans la page que des bandes comportant de deux à trois cases, c’est-à-dire seulement la structure de la BD. Le blanc est alors dominant : il ne reste que des silhouettes, sans substance, et des bulles qui ne disent plus rien, semblables à d’absurdes nuages flottants. Et quand une bribe de texte subsiste, elle ne donne quasiment aucune information par rapport au récit et à la figuration qui ont été supprimés. Les pages de comics modifiées s’éloignent ainsi de leur support initial tout en en gardant leur squelette ou leur ossature. D’une certaine manière, Mathias Schmied agit à la façon d’un chirurgien ou d’un médecin légiste qui dissèque les pages de comics. Cette opération s’apparente-t-elle à une dévitalisation de ces pages ou au contraire à une revitalisation ? Il y a plusieurs façons de répondre à cette question. Parfois, dans ce processus de transformation, l’artiste change l’orientation des pages imprimées issues de la subculture, pour les amener vers la modernité artistique. Ainsi, avec les cercles partiellement concentriques de 41/1 (2009), il renvoie au motif de la cible, qui, des Roto-reliefs de Duchamp aux cercles de Mosset, est un motif privilégié de l’art abstrait du XXe siècle. En d’autres circonstances, lorsque les zones colorées dominent par rapport aux découpes, il reste une possibilité au regardeur d’échafauder des hypothèses narratives. Pourtant, Mathias Schmied ne propose alors que des amorces fragiles, une silhouette de cavalier émergeant d’une prairie, le contour d’une jambe sur un fond bleu… La seconde voie expérimentée par l’artiste dans son exposition à la Galerie Olivier Houg est celle des œuvres textuelles, qui se distinguent des travaux récents effectués à partir des comics, où les mots sont en général supprimés. La peinture et sa matérialité font ici leur retour, à partie égale avec la découpe au scalpel. Pour réaliser ces œuvres, Mathias Schmied se sert en effet de chutes de peinture – des papiers déposés au sol dans son atelier pour le protéger. L’intérêt de ce type de support est qu’il présente des coulures ou des éclaboussures de nature accidentelle, que l’on ne saurait produire intentionnellement. Puis il découpe des mots dans ces papiers, en positif (ne gardant que les contours des mots) ou en négatif (les lettres créent des vides dans les feuilles). Le contraste entre le support déqualifié (de l’ordre du déchet), la brutalité de la technique (la découpe) et la préciosité de l’écriture évoquant calligraphie précieuse, à volutes, penchée aboutit à un résultat complexe, mêlant une approche hard et soft. La thématique de ces word works, qui présentent une efficacité visuelle immédiate, ajoute une strate de sens supplémentaire, en rapport ou non avec leur processus de fabrication. Ce sont parfois des mots isolés comme Silence (2010). Dans certaines œuvres, on trouve aussi des phrases : Can’t even speak (2010) ou Does the noise in my head bother you (2010) (2). Le plus souvent, la présence du texte s’oppose à sa signification. On pense alors à la longue série de tableaux initiée dans les années 80 par Ed Ruscha, The End, qui poursuit la peinture tout en annonçant sa fin (3). Qu’il s’agisse des pièces conçues à partir de Comics ou des œuvres textuelles, les stratégies esthétiques et les techniques utilisées par Mathias Schmied s’additionnent, se complètent ou au contraire s’opposent. Le décoratif voisine l’abstraction pure, la spontanéité du geste (la bombe de peinture) côtoie la méticulosité (le scalpel), les variations sur un même thème laissent la place à des explorations inédites… Mais l’ensemble reste cohérent, ne cessant de ramener le spectateur vers une sorte de formalisme punk mélancolique. (1) Dennis Cooper dans « Interview. Dennis Cooper in conversation with Raymond Pettibon », in Robert Storr, Dennis Cooper et Ulrich Look, Raymond Pettibon, Phaidon, Londres, première publication en 2001, réimprimé en 2003, p. 11 (« Lichtenstein might treat the comic as this Americana type of detritus »). Pierre Tillet, critique d’art, collabore aux Cahiers du Musée national d’Art moderne, à Frog et à 02. Il a contribué à plusieurs ouvrages ou catalogues d’exposition consacrés entre autres à Boris Rebetez, Jean-Marc Bustamante, François Curlet, Diango Hernandez, Sabina Lang & Daniel Baumann, Pierre Joseph, Paul Pouvreau. Il enseigne l’histoire de l’art à l’École nationale supérieure d’Architecture de Lyon. Mathias Schmied Né en 1976 à Berne, Suisse Expositions personnelles 2010 Solid Sound, Olivier Houg Galerie, Lyon. 2009 Le Dessin évidem(m)ent, Chapelle de la Visitation, Thonon-les-Bains curated By Philippe Piguet 2008 The Solo Project, Basel, Olivier Houg Galerie 2007 I hate the way I love, Josée Bienvenu Gallery, New York 2006 Ideal crash Test (texte du catalogue Philippe Pighet), Olivier Houg Galerie, Lyon, France 2005 AMOK, Galerie Basta, Lausanne. 2004 TIAF, Toronto, Olivier Houg Galerie
2010 Art Paris, Paris, Olivier Houg Galerie 2009 Show Off, Paris, Olivier Houg Galerie 2008 Salon du Dessin Contemporain, Paris, Olivier Houg Galerie. 2007 Addicted on Paper, Galerie Lelong Zurich Switzerland 2006 Art on Paper Biennial, Weatherspoon Museum, The University of North Carolina at Greensborough, NC 2005 Paramour, Art 45 Olivier Houg, Lyon, France 2004 Contemporary Art Biennial, La Spezia, Italy 2003 Rendez-vous, Galerie des Terreaux (Exposition Organisée par le Mac) Lyon, France 2002 Inauguration des Bureaux Parisiens de la Communauté Urbaine de Lyon, Olivier Houg Galerie, Paris, France 2001 Atelier 4, Subsistances, Lyon, France Résidence 2006 Stuttgart, Allemagne Acquisitions Fondation Rothschild (New York) Olivier Houg: Patricia Houg: Romain Houg: Olivier Houg Galerie |
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