LA FONDATION LOUIS VUITTON PRESENTE ICONES DE L'ART MODERNE LA COLLECTION CHTCHOUKINE

Le Musée Privé Magazine d'Art Moderne et Contemporain

EXPOSITION
ICÔNES DE L’ART MODERNE. LA COLLECTION  CHTCHOUKINE
MUSÉE DE L’ERMITAGE – MUSÉE POUCHKINE – GALERIE TRÉTIAKOV

22 octobre 2016 – 20 février 2017

FONDATION LOUIS VUITTON

8, Avenue du Mahatma Gandhi
Bois de Boulogne - 75116 - Paris
Tel : + 33 1 40 69 96 00
Web : www.fondationlouisvuitton.fr

I— Communiqué de presse

La Fondation Louis Vuitton présente l’exposition « ICÔNES DE L’ART MODERNE.
LA COLLECTION CHTCHOUKINE » qui se tient à la Fondation Louis Vuitton à Paris du 22 octobre 2016 au 20 février 2017. Elle s’inscrit dans le cadre du programme officiel de L’année Franco-Russe 2016-2017 du tourisme culturel dont elle constitue en France l’événement le plus marquant.

L’exposition rend hommage à l’un des plus grands mécènes du début du 20 ème siècle,
Sergueï Chtchoukine, collectionneur « visionnaire » de l’art moderne français du début du 20 ème siècle.

C’est à partir de 1898 que Sergueï Chtchoukine, grand industriel moscovite, entre en contact avec les marchands Paul Durand-Ruel, Ambroise Vollard, Berthe Weill, puis Georges Bernheim et Daniel Henry-Kahnweiler. Les relations affinitaires qu’il entretient avec les artistes comme Matisse, influencent fortement la formation de sa collection exemplaire de l’art le plus radical de son temps.

Paul Gauguin (1848-1903, France)  Aha oé feii (Eh quoi, tu es jalouse ?), été 1892  Huile sur toile 66 x 89 cm  Musée d

Paul Gauguin (1848-1903, France)
Aha oé feii (Eh quoi, tu es jalouse ?), été 1892
Huile sur toile 66 x 89 cm
Musée d'Etat des Beaux-Arts Pouchkine, Moscou
N° d'inventaire 3269
COPYRIGHT : Paul Gauguin, Aha oé feii (Eh
quoi, tu es jalouse ?), été 1892.
Courtesy Musée d'Etat des Beaux-Arts Pouchkine, Moscou
© Adagp, Paris 2016

Grâce à la généreuse participation du Musée d’État de l’Ermitage et du Musée d’État des Beaux- Arts Pouchkine qui ont contribué à l’élaboration du projet, l’exposition présente un significatif ensemble de 127 chefs-d’œuvre des maîtres impressionnistes, postimpressionnistes et modernes de la collection Chtchoukine, tout particulièrement représentatifs de l’art de Monet, Cézanne, Gauguin, Rousseau, Derain, Matisse ou Picasso, mais aussi de Degas, Renoir, Toulouse-Lautrec ou Van Gogh.

L’exposition traite également de l’impact de la collection Chtchoukine ouverte au public dés 1908 sur la formation des mouvements cubofuturistes, suprématistes et constructivistes, à travers un ensemble de 31 œuvres (29 peintures, papiers collés, constructions et reliefs, et 2 sculptures) des artistes majeurs de l’avant-garde russe (Galerie Trétiakov, Musée d’art contemporain de ftessalonique, Musée Pouchkine, Stedeljik Museum, MoMA). L’exposition réunit ainsi des chefs-d’œuvre des maîtres tels que Malévitch, Rodtchenko, Larionov, Tatline, Klioune, Gontcharova, Popova ou Rozanova.

L’exposition est également l’occasion d’un bilan scientifique dont rend compte un important catalogue et un symposium qui réunira, en février 2017, la communauté internationale des chercheurs notamment autour du rôle des grands collectionneurs dans la fabrique de l’art moderne et contemporain du 19ème et 20ème s. Une programmation d’événements dans les domaines de la danse et de la musique, témoigne des échanges artistiques entre la France et la Russie au début du 20ème siècle et de leur résonnance toujours vive pour la création contemporaine.
 

Le commissariat général de l’exposition, la programmation culturelle et la direction scientifique du catalogue, ont été confiés à Anne Baldassari. Le projet a été rendu possible grâce à l’active complicité du petit-fils de Sergueï Chtchoukine, André-Marc Delocque Fourcaud, conseiller historique du projet, comme à l’engagement remarquable de Marina D. Loshak, Directrice du Musée d’État des Beaux-Arts Pouchkine, de Mikhaïl B. Piotrovsky, Directeur du Musée d’État de l’Ermitage, et enfin de Zelfira Tregulova, Directrice de la Galerie nationale Trétiakov, qui ont joint leurs énergies pour son plein accomplissement.

L’exposition a fait l’objet, le 10 février 2016 à Moscou, de la signature officielle d’un contrat de partenariat entre la Fondation Louis Vuitton, le Musée d’État de l’Ermitage et le Musée d’État des Beaux-Arts Pouchkine.

L’exposition « ICÔNES DE L’ART MODERNE. LA COLLECTION CHTCHOUKINE »
marque une nouvelle étape de la collaboration à long terme engagée en 2015 avec le Musée de l’Ermitage et le Musée Pouchkine avec l’exposition Les Clefs d’une passion.

Paul Cézanne (1839-1906, France)  Mardi Gras (Pierrot et Arlequin), 1888-1890  Huile sur toile 102 x 81 cm  Musée d
Paul Cézanne (1839-1906, France)
Mardi Gras (Pierrot et Arlequin), 1888-1890
Huile sur toile 102 x 81 cm
Musée d'Etat des Beaux-Arts Pouchkine, Moscou
N° d'inventaire 3335
COPYRIGHT : Paul Cézanne, Mardi Gras
(Pierrot et Arlequin), 1888-1890.
Courtesy Musée d'Etat des Beaux-Arts Pouchkine, Moscou
© Adagp, Paris 2016
II— Préface de Bernard Arnault

Président de LVMH / Moët Hennessy. Louis Vuitton Président de la Fondation Louis Vuitton

Bernard Arnault Président de LVMH / Moët Hennessy. Louis Vuitton Président de la Fondation Louis VuittonL’exposition « Icônes de l’art moderne. La collection Chtchoukine » que nous réalisons, avec fierté, à la Fondation Louis Vuitton, me permet de rendre hommage au rôle majeur au regard de l’Histoire de l’un des plus grands collectionneurs et mécènes de l’art moderne du début du 20ème siècle, Sergueï Chtchoukine. Sa passion, son regard « visionnaire » et son engagement personnel auprès des artistes qui ont bâti l’art moderne, tout comme son projet de « galerie de peintures dédiée à l’éducation du public » constituent un modèle, une référence d’une action de mécénat privé dans le domaine de l’art.

Important industriel moscovite, Sergueï Chtchoukine, intègre, dès 1898, le cercle parisien défendant les artistes impressionnistes, les postimpressionnistes et les modernes. Lui-même finira par constituer une collection exemplaire de l’art le plus avant-gardiste de son temps. L’art moderne est à l’aube de l’extraordinaire rayonnement qu’il connaîtra tout au long du 20ème siècle. Chtchoukine en est l’un des pionniers.

Conscient du caractère novateur, parfois provocateur, des œuvres qu’il a réunies, Sergueï Chtchoukine veille à ce qu’elles soient accessibles à tous en ouvrant ses galeries au public dès 1908. Visitée par les amateurs, artistes et intellectuels, la collection contribue précocement à la découverte des avant-gardes françaises comme à marquer fortement la création contemporaine en Russie. L’engagement de Sergueï Chtchoukine comme mécène et militant de l’art le plus novateur est pour moi un exemple et montre une direction à suivre. La flamme qui l’animait est toujours perceptible dans la passion que porte à sa mémoire son petit-fils, André-Marc Delocque-Fourcaud, qui a vaincu tant d’obstacles et qui a rendu possible le rêve de présenter, à Paris, pour la première fois à nouveau rassemblée, la collection de son grand-père, en parfait accord avec le Musée de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg et le Musée Pouchkine à Moscou, où la collection est principalement conservée.

L’exposition « Icônes de l’art moderne. La collection Chtchoukine » rassemble d’immenses chefs- d’œuvre de Monet, Cézanne, Gauguin, Rousseau, Derain, Matisse ou Picasso. Répondant au vœu légitime de nos amis russes, nous avons aussi fait en sorte qu’elle témoigne de la confronta- tion entre ces maîtres de la modernité et la jeune génération de l’avant-garde russe, formée par la découverte à Moscou de la collection Chtchoukine, afin de restituer l’« onde de choc » plastique et émotionnelle que celle-ci provoqua.

Exposition unique par la qualité des œuvres, elle appartient, n’ayons pas peur des mots, à l’Histoire de l’Art. Pour le groupe LVMH, elle s’inscrit dans la continuité des collaborations de mécénat avec les plus grandes institutions muséales françaises et internationales depuis près de vingt-cinq ans. Le mécénat pour l’art et la culture est devenu l’un des axes majeurs de l’engage- ment citoyen de LVMH : plus de quarante expositions patrimoniales d’envergure internationale ont ainsi été proposées ou réalisées grâce à notre mécénat en France avec la Réunion des musées nationaux, le Musée d’Orsay, le Musée du Louvre, le Musée Picasso-Paris ou le Musée d’art moderne de la Ville de Paris ; à l’étranger avec, par exemple, le MoMA à New York, le Musée national des beaux-arts à Pékin ou le Musée Pouchkine à Moscou.
En 2007, le groupe LVMH décidait de marquer de manière pérenne son engagement pour l’Art, l’art moderne et contemporain, en créant sa propre institution artistique : la Fondation Louis Vuitton. Je confiais la conception et la réalisation de son bâtiment au grand architecte américain Frank Gehry. Il créa sur le site du bois de Boulogne, à Paris, plus qu’un bâtiment, une œuvre d’art, une œuvre d’une telle ampleur et d’un tel achèvement technologique qu’elle fut, dès son inauguration, il y a deux ans, saluée comme exemplaire de l’architecture du 21ème siècle.
Une architecture digne donc d’accueillir la collection Chtchoukine, l’un des trésors artistiques de la Russie, un pays avec lequel, depuis tant d’années, LVMH et ses Maisons entretiennent des relations fortes, faites de complicité et de collaboration, en particulier avec les institutions muséales à Moscou ainsi qu’à Saint-Pétersbourg.

Enfin, je veux personnellement saluer les grands partenaires de ce projet exceptionnel qui, par leur apport décisif, l’ont rendu possible. Les présidents russe et français tout d’abord. Ils ont porté un regard bienveillant sur notre ambition. Les ministres de la Culture à Paris et à Moscou, Audrey Azoulay et Vladimir R. Medinsky, Mikhaïl Chvydkoï, représentant spécial du Président de la Fédération de Russie pour la Coopération culturelle internationale, Leurs Excellences, l’ambassadeur de Russie en France, Alexandre Orlov, et l’ambassadeur de France en Russie,
Jean-Maurice Ripert, André-Marc Delocque-Fourcaud, petit-fils de Sergueï Chtchoukine, Marina D. Lochak, directrice du Musée des beaux-arts Pouchkine, Pr Mikhaïl B. Piotrovski, directeur du Musée de l’Ermitage, Zelfira Tregulova, directrice de la Galerie Trétiakov, qui ont joint leurs énergies pour son plein accomplissement. Je remercie plus particulièrement Jean-Paul Claverie qui, auprès de moi, fort de sa longue amitié avec André-Marc Delocque-Fourcaud, a conduit ce projet, ainsi que Suzanne Pagé pour son engagement et son expertise constants.
Je remercie enfin Anne Baldassari, commissaire général de l’exposition, pour le talent et l’énergie qu’elle a apportés, depuis le tout début, à la réalisation de cette magnifique ambition et au véritable tour de force qu’elle a constitué.

Pour la première fois depuis près d’un siècle pourront ainsi, grâce au généreux concours de chacun, être présentées à la Fondation Louis Vuitton les œuvres les plus emblématiques d’une collection majeure de l’art moderne. Par le caractère proprement historique d’une manifestation qui fera date, la Fondation Louis Vuitton veut marquer une étape décisive du développement de son projet artistique.

III— La collection Chtchoukine : une légende moderne

Anne Baldassari
Conservateur du Patrimoine Commissaire général de l’exposition Directeur du catalogue

Occultée durant près d’un siècle pour des raisons idéologiques, la collection de Sergueï Chtchoukine reste encore aujourd’hui méconnue du grand public. De fait, depuis sa dispersion en 1948, elle n’a jamais été réunie comme une entité artistique singulière et cohérente. L’exposition« Icônes de l’Art moderne » en présentant à Paris une sélection emblématique de cent-trente œuvres de la collection Chtchoukine vise à lui restituer toute sa valeur patrimoniale comme à la resituer à sa juste place dans l’histoire de l’art moderne, celle d’un des premiers foyers d’« insurrection de la peinture » (André Breton).

En constituant, au sein de son palais moscovite, entre 1898 et 1914, une exceptionnelle collection d’art français le plus radical de son temps, Sergueï Chtchoukine se trouva à l’épicentre même de la révolution des arts. Ouverte au public des amateurs, critiques et étudiants, dès 1908, sa Galerie de peintures contribua ainsi directement à la formation des avant-gardes russes. Malévitch, Rodchenko, Larionov, ou Tatline parmi bien d’autres découvrirent aux murs du Palais Troubetskoï les grands ensembles de tableaux de Monet, Cézanne, Gauguin, Matisse, Derain ou Picasso, que le collectionneur accrochait lui-même, au gré de ses acquisitions, suivant un parcours à la fois sensible et didactique.

La collection Chtchoukine avait acquis en Europe, durant la première moitié du siècle, un statut quasiment légendaire. Dès la période de sa création, du fait de l’éloignement physique comme de la rareté des publications illustrées, les toiles impressionnistes, postimpressionnistes, symbolistes, nabi, fauves ou cubistes qui partaient alors pour Moscou rejoignaient un autre monde, inaccessible, perçu comme fabuleux. La richesse matérielle de ce mécène russe épris d’art moderne, investissant des sommes jugées excessives dans l’achat de tableaux « monstrueux », contribua à la naissance d’une telle légende moderne. Les peintures disparaissaient en Russie
au sortir de l’atelier, parfois « encore fraîches » pour ne plus en revenir. Dans le cas de Matisse, le caractère monumental des œuvres et leur statut de panneaux muraux décoratifs intégrés à l’architecture du Palais Troubetskoï redoublaient ce sentiment de perte définitive.
A la suite de la révolution bolchévique, l’exil de Chtchoukine en France, en 1918, loin de le replacer au centre du cercle pionnier de l’art moderne qu’il avait participé à créer, fut marqué par un effacement délibéré. Il cessa dès lors, d’entretenir les relations d’amitié et de dialogue qu’il avait établies avec les marchands, collectionneurs, amateurs et artistes rencontrés avant- guerre. Âgé de soixante-quatre ans à son arrivée à Paris, Chtchoukine se replia sur la sphère domestique pour mener une vie retirée. Il s’éteignit à Paris en 1936.

L’aura de la collection fut évoquée une ultime fois en France par Boris N. Ternovets, (directeur du Musée de l’Art moderne occidental de 1919 à 1937), dans la revue de L’Amour de l’Art en 1925. Depuis, privée de la puissante présence matérielle des œuvres, la mémoire de la collection Chtchoukine comme celles des grandes utopies qui l’avaient vues naître, semblèrent appartenir à un temps définitivement révolu.

Après sa nationalisation par Lénine en 1918, la collection Chtchoukine fut cependant, en Russie, le joyau du Musée de l’Art Moderne Occidental, premier musée d’art moderne à avoir été créé en 1921 à Moscou : le MNZJ. Divisé en deux départements, ce musée précurseur comprenait les collections Chtchoukine et Morosov, chacune maintenue sur son site historique et souvent dans son accrochage original (le Palais Troubetskoï et l’Hôtel Morosov). Puis, en 1928, le Musée de l’Art Moderne Occidental devint le GMNZI en fusionant les deux collections dans la vaste demeure des Morosov, où elles furent rejointes par des œuvres des écoles modernes issues de collections  particulières.

Ayant subi à partir de la fin des années 1920, au titre de la lutte contre « l’art bourgeois », une campagne systématique de dévaluation, les œuvres de la collection Chtchoukine se verront divisées en 1948 sur décret de Staline entre le Musée Pouchkine à Moscou et le Musée de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg (Leningrad). Interdits d’exposition, ces tableaux emblématiques disparurent pour longtemps des cimaises et des publications de ces grands musées russes.

Il fallut attendre la mort de Staline et la politique de « dégel » à la fin des années 1950 pour que l’art moderne occidental trouve à nouveau droit de cité en Russie. On assista alors à une progressive exhumation des collections russes d’œuvres françaises. Picasso, encarté au parti communiste depuis l’automne 1944, joua un rôle actif de médiateur durant la période de redécouverte de ce patrimoine. L’exposition rétrospective Picasso organisée par Ilya Erhenburg au Musée Pouchkine et à l’Ermitage en 1956 vint anticiper ce renouveau.

A l’issue de l’éclipse des années 1930-1960, un ensemble de publications et d’expositions commença de voir le jour. Les expositions du Centenaire de Henri Matisse qui se tinrent en 1969 au Musée Pouchkine et au Musée de l’Ermitage, puis en 1970 au Grand palais à Paris, permirent de revoir en Russie comme en France, quelques-uns des chefs-d’œuvre de l’artiste issus de la collection Chtchoukine. Dans le cadre de cette manifestation, La Danse et La Musique furent présentées à Paris pour la première fois depuis le fameux Salon d’Automne de 1910 qui avait vu les grands panneaux novateurs unanimement décriés par la critique.
De même L’Atelier rose, de Matisse exposé en 1958 à l’Exposition Universelle internationale de Bruxelles, regagna la France en cette unique occasion. L’important catalogue établi par Pierre Schneider, commissaire de l’exposition, commente le rôle pilote du collectionneur moscovite et mentionne pour chacune des œuvres exposées la provenance historique de « collection Stschoukine ». Ces manifestations marquèrent le début d’une reconnaissance publique qui avait été trop longtemps différée.

Sur le plan de la recherche, l’impulsion initiale fut donnée par les importants travaux sur :
Le Renouveau de l’art pictural russe (1863-1914) publiés dès 1971 par Valentine Marcadé.
Son ouvrage reproduisit en annexe le « Catalogue général de la collection Chtchoukine » tel qu’il avait été établi par les soins du collectionneur dans une édition bilingue en russe et en français, en 1914. Le travail séminal de Marcadé ouvrit la voie à toute les publications qui suivirent en France.

Une décennie plus tard, l’ouvrage de Beverley Whitney-Kean, All the Empty Palaces :
The Merchant Patrons of Modern Art in Pre-Revolutionary Russia, paru aux États-Unis (1983), fondé en partie sur une enquête de terrain et la collecte de témoignages oraux, se focalisa quant à lui sur les collections d’art français réunies à Moscou par Chtchoukine et Morosov.
Bien documenté, cet ouvrage contribua à instaurer les grands collectionneurs moscovites comme des acteurs majeurs de l’histoire de l’art moderne pour le cercle de la recherche anglophone.

En 1979, l’exposition Paris / Moscou 1900-1930, organisée au Centre Pompidou, constitua le premier acte d’une présentation au plus large public de l’histoire des échanges artistiques et culturels entre les deux pays. Le rôle joué par les collections Chtchoukine et Morosov dans ce processus constitua l’un des apports importants de la manifestation.

L’année 1993 marqua enfin une avancée importante pour la présentation de la collection Chtchoukine et l’avancée de la recherche internationale autour notamment de manifestations et de publications dédiées à l’œuvre de Matisse. Le fait le plus marquant fut l’exposition Morosov and Shchukin – The Russian Collectors. Monet to Picasso au Musée Folkwang d’Essen, organisée par le musée Pouchkine et le musée de l’Ermitage, qui présenta pour la première fois en Europe un ensemble d’une centaine d’œuvres issues de ces collections. Les importantes contributions d’Albert Kostenevitch et Marina Bessonova au catalogue tracèrent les grandes lignes d’une conception entièrement renouvelée de l’histoire de ces collections.

Au même moment, le Centre Pompidou réunit dans le cadre de l’exposition Henri Matisse 1904-1917, un riche panorama des œuvres de Matisse issues notamment des collections russes. Son catalogue publiait une chronologie détaillée des rapports Matisse-Chtchoukine et une anthologie de textes critiques d’un grand intérêt autour de La Danse et la Musique.

La publication simultanée en français de l’ouvrage scientifique Matisse et la Russie par Albert Kostenevitch et Natalia Semenova rendit alors accessibles de nombreux documents inédits principalement issus des Archives Matisse. Kostenevitch publia dans cet ouvrage une transcripton annotée et commentée de l’importante correspondance adressée par Chtchoukine à Matisse.
Enfin, Semenova publia dans ce contexte d’intense débat scientifique international, la toute première biographie consacrée à Sergueï Chtchoukine. Cette édition proprement historique effectuée en russe fut suivie d’une édition bilingue an anglais Moscow collector / Moskovskie kollektsionery.

Depuis le début des années 1990, les musées russes se sont ainsi généreusement investis dans une décisive coopération internationale par des prêts réguliers aux expositions d’art moderne organisées en Europe. Ces prêts ont permis de progressivement révéler pièce à pièce ou à travers de petits ensembles significatifs, des pans de la collection Chtchoukine. Ces dernières décennies, les expositions internationales qui se sont tenues à Paris, notamment Matisse-Picasso (2002, Grand palais), Picasso cubiste, (2007, Musée Picasso-Paris), Picasso et les maîtres (2008, Grand palais), L’Aventure des Stein (2011, Grand-Palais) et plus récemment Les Clefs d’une passion (2015, Fondation Louis Vuitton), ont contribué à élargir la connaissance des œuvres modernes de la collection Chtchoukine.

L’exposition et son parti pris

Replacée dans cette perspective historique d’échanges muséaux et de débats scientifiques, l’exposition « Icônes de l’art moderne » s’affirme comme un événement exceptionnel par son projet spécifique de réunir les œuvres les plus marquantes de la collection Chtchoukine.
L’exposition présente un ensemble de cent-trente chefs-d’œuvre impressionnistes, postimpressionnistes, et modernes, tout particulièrement représentatifs de l’art de Monet, Cézanne, Gauguin, Rousseau, Derain, Matisse ou Picasso, mais aussi de Degas, Denis, Lautrec, Redon, Renoir, Vuillard ou Van Gogh.

Un parcours muséographique en treize grandes séquences permet de suivre l’évolution du goût du collectionneur russe « découvreur » de l’art moderne depuis la toute première collection de toiles romantiques et symbolistes qu’il réunit au tournant du siècle jusqu’aux ensembles stupéfiants de modernité de Matisse et surtout de Picasso dont les œuvres furent alors frappées par l’anathème de « peste noire ». Composant des ensembles monographiques (Monet, Gauguin, Matisse, Picasso) ou thématiques (Première collection, Paysage, Autoportraits, Portraits, Natures-mortes), ces séquences suivent le fil chronologique de la période 1898-1914.

L’exposition veut ainsi rendre compte et synthétiser les polarités particulières auxquelles obéit la collection Chtchoukine où culmine le genre du paysage avec près de quatre-vingt-dix toiles sur les deux-cent-soixante-quinze numéros de la collection. Puis suivent des ensembles d’œuvres dédiés aux portraits, essentiellement féminins, (près de soixante-dix œuvres), aux natures mortes (une quarantaine d’œuvres), aux compositions mythologiques et religieuses évoquant ce « temps des cosmogonies » invoqué par Matisse (une quarantaine d’œuvres), et enfin aux scènes de genre (une dizaine d’œuvres). Le genre du nu, véritable sujet tabou pour Chtchoukine prit le plus souvent dans sa collection la forme elliptique d’allégories telles que Le Bois sacré, (Maurice Denis), Nymphe et satyre (Matisse), ou Trois Femmes (Picasso).

L’un des grands partis pris de l’exposition a été d’établir une série de confrontations entre maîtres modernes et artistes majeurs de l’avant-garde russe. Quatre séquences esquissent ce dialogue plastique autour de toiles de Cézanne, Matisse et Picasso. En réunissant une trentaine de chefs-d’œuvre de Malévitch, Rodtchenko, Tatline, Larionov, Popova, Rozanova, Gontcharova, Exter ou Klioune, l’exposition permet de témoigner ainsi de la place centrale tenue par la collection Chtchoukine dans l’histoire tumultueuse de la réception de l’art moderne au 20ème siècle. Enfin, le catalogue de l’exposition « Icônes de l’art moderne » veut contribuer à la réévaluation de la place de la collection Chtchoukine dans les filiations et transferts esthétiques ou philosophiques entre avant-gardes françaises et avant-gardes russes durant les deux premières décades du 20ème siècle. Réalisé en collaboration étroite avec les musées russes partenaires et les experts associés au projet, ce catalogue inclut des contributions historique, biographique ou chronologique et présente une anthologie de grands textes critiques russes traitant de la collection Chtchoukine pour la période 1908-1928.

Un inventaire général illustré de la collection Chtchoukine constitue l’un des apports scientifiques de l’ouvrage. Il résulte des recherches qui ont été menées dans des fonds d’archives largement inédits, à Paris et à Moscou : Archives Durand-Ruel, Archives Matisse, Centre de documenta- tion du Musée d’Orsay (Archives Vollard), Archives du Musée Pouchkine, Centre de documentation du Musée historique de la Ville de Moscou, Bibliothèque Lénine.

La conduite de ce grand projet scientifique a bénéficié de l’éminente contribution des conseillers scientifiques associés à la préparation de l’exposition et du catalogue : Pr. Albert Kostenevich et Mikhaïl Dedinkin, conservateurs au Musée de l’Ermitage, Tatiana Potapova, conservatrice en chef des collections du Musée Pouchkine, Alexis Petoukhov, Anna Poznanskaia, Natalia Kortounova et Vitali Michine, conservateurs au Musée Pouchkine, André-Marc Delocque-Fourcaud, conseiller historique, Natasha Semenova, biographe de Chtchoukine, et Jean-Claude Marcadé, spécialiste des avant-gardes russes.
L’exposition « Icônes de l’art moderne. La collection Chtchoukine » a été rendue possible par le soutien constant et l’engagement personnel de Marina Lochak, directrice du Musée des beaux- arts Pouchkine et de Mikhaïl B. Piotrovski, directeur du Musée de l’Ermitage, qui ont joint leurs énergies pour son plein accomplissement. Alexander Sedov, directeur du Musée d’État d’art oriental de Moscou, et Tatiana Metaxa, directrice adjointe, ont accepté de contribuer au projet par le prêt de leur collection asiatique. Zelfira Tregulova, directrice de la Galerie Trétiakov à Moscou, ainsi que Tamara Grodskova, directrice du Musée Radichtchev, Natalia Karovskaya, directrice du Musée Le Kremlin de Rostov, Margarita Lukina, directrice du Musée-Centre des expositions Slobodskoï, ont apporté leur décisif soutien à l’exposition par des prêts embléma- tiques des œuvres des avant-gardes russes. Enfin, Maria Tsantsanoglou, directrice du Musée national d’art contemporain de ftessalonique, Beatrix Ruf, directrice du Stedelijk Museum, Amsterdam, Glenn Lowry, directeur du Museum of Modern Art, New York, et Bernard Blistène, directeur du Musée national d’art moderne, Paris, ont généreusement associé les grandes institutions internationales qu’ils dirigent à la réalisation de ce projet par des prêts majeurs de leurs collections modernes.

Enfin, il faut saluer l’initiative inédite du président de la Fondation Louis Vuitton, Bernard Arnault, qui s’est résolument engagé dans la programmation et la conduite de ce projet artistique international particulièrement complexe à réaliser. Sa ferme détermination a permis de réunir au sein des espaces expérimentaux dont il a confié la conception à Frank Gehry cet ensemble de cent soixante chefs-d’œuvre parmi les plus emblématiques de l’histoire de l’art moderne. Depuis Le Déjeuner sur l’herbe (1866) de Claude Monet (la toile la plus ancienne acquise par Chtchoukine), le hiératique Mardi gras (1888-1890) de Paul Cézanne, l’Odalisque tahitienne Aha oé feii ? (Eh quoi, tu es jalouse ?) (1896) de Paul Gauguin, les panneaux luminescents de La Desserte (Harmonie rouge, La Chambre rouge) (1908) ou de L’Atelier du peintre (L’Atelier rose) (1911) de Henri Matisse, pour se conclure avec le « grand tableau » Trois femmes (1908) ou le papier collé Compotier, grappe de raisin, poire coupée (1914) de Pablo Picasso (dernières œuvres acquises par Chtchoukine), la magnificence de la collection Chtchoukine trouve pleinement à s’exposer ici.
En décidant d’élargir encore ce projet initial aux pionniers des avant gardes russes, Bernard Arnault a voulu porter à l’extrême l’amplitude de ce parcours de la création aux 19ème et 20ème siècles. Les filiations s’imposent ainsi subtilement entre les chefs-d’œuvre de Cézanne, Matisse ou Picasso de la collection Chtchoukine et le Contre-relief (1916) de Vladimir Tatline, la Ligne verte (1917) d’Olga Rozanova, les tables monochromes des Compositions sphériques non objectives (1922-1925) d’Ivan Klioune et du Carré noir (1915-1929) de Kazimir Malévitch.

Ces œuvres d’exception, formant le creuset sensible de notre regard commun, sont aujourd’hui, grâce à lui, rassemblées pour quelques mois dans l’exposition « Icônes de l’art moderne » pour constituer une exemplaire « leçon de peinture » généreusement donnée à tous en partage.

IV— Sergueï Chtchoukine & sa collection.
Chronologie.

1854 Le 24 juin, naissance à Moscou de Sergueï I. Chtchoukine.

1884 Sergueï Chtchoukine épouse Lydia Grigorievna Koreneva (1864-1907).

1886 -1892 Ils s’installent au Palais Troubetskoï à Moscou avec leur famille de quatre enfants.

1898 A Paris, Chtchoukine recontre le marchand Paul Durand-Ruel et lui achètera de nombreuses toiles impressionnistes (Monet).

1902 -1904 Il acquiert ses premières œuvres de Degas. Rencontre avec le marchand d’art Ambroise Vollard et lui achète des Cézanne et des Gauguin.

1905 En novembre, disparition de son fils Sergueï dont le corps sera retrouvé au moment du dégel de la rivière Moskova. En décembre : grève générale qui tourne à l’insurrection.

1906 En mai, Chtchoukine rencontre Matisse à son atelier par l’intermédiaire de Vollard. Premiers achats de toiles de Matisse. Il réunira 38 euvres du maître fauve. 1907 : En janvier, décès à Moscou de Lydia Chtchoukine.

1907 Donation de la collection à la ville de Moscou

Eté 1908 Ouverture au public sur rendez-vous de la Galerie de peintures du palais Troubetskoï. A l’automne, Matisse introduit Chtchoukine auprès de Picasso au Bateau-Lavoir. Chtchoukine réunira cinquante œuvres de Picasso.

1909 Il commande à Matisse deux grands panneaux décoratifs La Danse et La Musique pour l’escalier du palais Troubetskoï.

1910 Suicide du deuxième fils de Chtchoukine.
Le Salon d’automne expose La Danse et La Musique de Matisse. Succès de scandale. Sous le choc, Chtchoukine renonce puis finit par réaffirmer son intention d’acquérir les tableaux. Les panneaux sont accrochés au palais Troubetskoï en décembre 1910.

1911 Séjour de Matisse à Moscou. Il accroche vingt et une de ses toiles dans le
« salon rose » du palais.

1912 -1914 Chtchoukine s’intéresse aux cubistes et acquiert environ 30 nouvelles œuvres de Picasso.

1914 Chtchoukine épouse Nadejda Mirotvorsteva dont il aura une fille. Déclaration de guerre faite par l’Allemagne à la Russie, début de la Première Guerre mondiale. La Russie entre en guerre.

1917 Révolution et prise du pouvoir par Lénine et les bolcheviks.

1918 Nadejda Chtchoukine et sa fille, quittent la Russie.
Fin août : Chtchoukine et son fils Ivan les rejoingnent à Weimar. Exil en Allemagne, en Suisse puis installation en France.

29 octobre 1918    Décret de nationalisation de la Collection Chtchoukine (274 œuvres).

1919 Création du Musée de la nouvelle peinture occidentale (collections Chtchoukine et Morosov).

1922 Transformation du Musée de la nouvelle peinture occidentale en Musée national d’art moderne occidental (GMNZI). 25 octobre : Ekaterina, Michel Keller son époux et leurs six enfants quittent la Russie pour Riga puis pour la France.

1928 Fusion des deux départements historiques du GMNZI. La collection Chtchoukine est déménagée dans l’ancien palais Morozov.

10 janvier 1936    Décès à Paris de Sergueï Ivanovitch Chtchoukine, âgé de quatre-vingt-deux ans.

6 mars 1948 Décret de Staline ordonnant la dissolution du GMNZI. Les collections sont réparties entre le Musée d’État des Beaux-Arts Pouchkine à Moscou et le Musée d’État l’Ermitage à Leningrad.

 
 

LE MUSEE PRIVE

tél: (33) 09 75 80 13 23
Port.: 06 08 06 46 45

 
Le Musée Privé Magazine d
 

 Patrick Reynolds
Directeur de publication

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